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Afrique : l'alliance gagnante du digital et de l'agriculture

Press review

Au fur et à mesure des mutations de son environnement, l'agriculture africaine s'emploie à entrer de plus en plus dans le monde du numérique.

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Alors que l'Afrique doit relever des défis de modernisation et d'adaptation au changement climatique, le digital pourrait faire de l'agriculture africaine le nouvel or vert du continent.

Pour bien comprendre l'intensité de la partie que l'agriculture africaine doit jouer, il y a d'abord lieu d'en estimer les enjeux. Il tourne d'abord autour des paradoxes de la production.

La productivité agricole en Afrique accuse un retard important par rapport aux autres régions du monde. Ce retard repose sur un paradoxe : le continent possède 65 % des terres arables disponibles sur la planète et pourtant, il dépense chaque année 45 milliards de dollars en importation de denrées alimentaires [1]. Ce chiffre pourrait même atteindre 110 milliards en 2025. [2] Le riz, aliment de base de nombreuses populations à travers l'Afrique, est le premier produit alimentaire importé sur le continent.

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Pourtant, l'Afrique possède deux grands atouts : une pluviométrie et des températures propices, de l'Afrique de l'Ouest jusqu'en Afrique australe, et en particulier sur l'ensemble de la zone aux langues bantoues [3], ainsi que d'importantes façades maritimes et une grande variété de territoires agricoles, pastoraux et halieutiques.

Toutefois, la commercialisation des produits agricoles n'est pas sans danger pour les pays africains : vente de produits pas ou faiblement transformés au prix le plus bas ; normes sanitaires et environnementales strictes ; concurrence des produits subventionnés ; protectionnisme des pays importateurs ; fluctuation des prix et de la demande sur les marchés internationaux, etc. Selon la Revue annuelle sur l'efficacité du développement (RAED) de la BAD, les fluctuations des cours mondiaux des denrées alimentaires continuent d'avoir des effets dévastateurs sur le commerce et la production, en particulier depuis la crise financière de 2008.

Les petits agriculteurs familiaux, piliers du secteur agricole

Tous pays confondus, l'agriculture représente 30 % du PIB du continent. [4] L'Afrique subsaharienne n'a pas vécu, comme les autres continents, sa « transition économique », c'est-à-dire le passage d'une activité largement agricole à des activités à majorité industrielles et tertiaires. Le continent s'est fortement urbanisé, mais sans s'industrialiser et donc sans créer les gisements d'emplois associés. [5] Parallèlement, l'exode rural prive les communautés agricoles des populations jeunes, en âge de travailler. [6] L'âge moyen des agriculteurs africains est d'environ 50-55 ans, selon la fondation Rabobank. Or, en 2016, d'après les chiffres de la BAD, la population active employée dans l'agriculture avoisinait les 54 %. Évaluée par région, cette moyenne est de 24 % en Afrique du Nord, 46 % en Afrique de l'Ouest, 52 % en Afrique centrale, 53 % en Afrique australe et 77 % en Afrique de l'Est. [7] Les femmes représentent, en moyenne, 40 % de la population active du secteur agricole. [8]

Aller plus loin grâce à l'économie des plateformes

Le constat de la communauté internationale montre que l'avenir de l'agriculture repose aujourd'hui essentiellement sur l'agriculture familiale en Afrique qui représente 60 % de la population active et produit 80 % des besoins alimentaires du continent. Cette agriculture est cependant extrêmement peu productive et génère de 20 % à plus de 60 % de pertes selon les filières. De plus, la moyenne d'âge des agriculteurs familiaux se situe aujourd'hui entre 50 et 55 ans. L'Afrique risque donc de faire face à une crise alimentaire majeure d'ici dix ans si rien n'est fait dès aujourd'hui.

Or, quel meilleur modèle pour que cette structuration se fasse au moindre coût et couvre le plus grand nombre d'agriculteurs familiaux que la mise en place d'un système dit « de plateforme » [9] permettant à l'ensemble des acteurs de partager la même information pour bénéficier ensuite des biens et services adaptés à leur développement ?

Au-delà des communautés d'agriculteurs rassemblées via des applications telles que présentées ci-dessus, un modèle plus ambitieux, agroécologique, écoresponsable, inclusif et touchant l'ensemble des parties prenantes d'une même filière agricole est possible, notamment pour structurer les filières vivrières. Ce modèle permet de faire dialoguer l'ensemble de l'écosystème au travers de la mise en place d'une plateforme digitale. Cette démarche généralisée à une filière complète met les petits agriculteurs au cœur du dispositif. Il s'agit en effet de leur donner accès à la chaîne de valeur formelle du secteur qui les concerne et structurer ainsi l'ensemble de l'écosystème au travers de la mise en place d'une plateforme dont le financement est assuré entre autres par les volumes financiers qui y transitent et par la monétisation des données générées.

Les produits et services développés par des acteurs publics et privés partenaires de cette plateforme permettent ainsi d'améliorer la productivité, augmenter la rentabilité et donc de générer des revenus supplémentaires pour tous les acteurs de la chaîne, et plus particulièrement les petits agriculteurs. En effet, la productivité de l'agriculture en Afrique est particulièrement basse : dans les économies subsahariennes, elle est le secteur qui emploie le plus de personnes avec la productivité la plus faible, notamment en raison du manque de moyens, de formation, d'accompagnement dont peuvent bénéficier les petits agriculteurs qui représentent pourtant plus de 60 % de la population active [10].

Tirer profit du fort potentiel des cultures familiales et vivrières

Contrairement aux cultures fortement exportatrices, comme le cacao, l'huile de palme, etc. les cultures vivrières ou cultures familiales de subsistance en Afrique (riz, maïs, manioc, sorgho, souvent appelé mil en Afrique, igname, production maraîchère, etc.) relèvent encore largement du secteur informel. Or, bien que le manque de structuration de ces filières présente un défi considérable à la mise en place d'une économie de plateforme, il présente le plus fort potentiel de développement en raison d'un manque criant d'investissement et constitue ainsi la raison pour laquelle l'effet de levier est potentiellement le plus important avec l'impact le plus positif pour l'ensemble des parties prenantes.

Avec un peu d'ambition, et une réelle volonté politique, l'amélioration de la productivité des chaînes de valeurs agricoles vivrières et des exploitations familiales pourrait avoir un impact phénoménal sur l'ensemble de l'économie africaine et mondiale.

Ce que les chaînes de valeurs peuvent apporter

BearingPoint a pour cela simulé l'impact au niveau du continent selon 4 scénarios pour 2050 : – Scénario « PoC » au sens de « Proof of Concept ». Dans ce scénario, le temps de développement de l'innovation a été long ; entraîné dans des cycles longs de financement de type bailleur de fonds. En 30 ans, seuls 20 % des 375 millions d'agriculteurs concernés [11] ont été sensibilisés avec un taux d'adoption en fin de cycle de seulement 15 % (très peu probable qu'une personne n'utilisant pas le service proposé par la plateforme s'inscrive en raison de l'impact de facteurs externes l'influençant notamment). L'effet sur la rentabilité est par ailleurs modéré avec un simple effet de rattrapage sur le faible nombre concerné.

– Scénario « Rattrapage de productivité ». Dans ce scénario, une véritable dynamique s'est engagée. 40 % des agriculteurs ont été sensibilisés et la moitié en 30 ans est entrée dans l'économie des plateformes notamment par une belle probabilité qu'une personne n'utilisant pas le service s'inscrive par l'effet de bouche-à-oreille ou de par l'influence des résultats démontrés par les utilisateurs de la plateforme. L'effet de gain de productivité est bien meilleur, 2 fois supérieur au scénario précédent (expliquant ce « bouche-à-oreille » positif). Elle reste cependant globalement modérée, permettant juste le rattrapage de la productivité agricole à un niveau moyen pour l'Afrique (passé de base 33 à base 100 selon les données Africa Economic Outlook de l'OCDE de 2005).

– Scénario « Effet d'innovation ». il illustre un démarrage rapide de l'usage dans les 10 prochaines années avec plusieurs facteurs encourageant l'inscription dans ce modèle économique. Les investissements publics et privés ainsi que des résultats tangibles favorisent ce succès. Les gains de productivité sont cependant moyens, comme pour le premier scénario, avec 2 % tous les ans permettant certes de toucher plus de 250 millions d'agriculteurs, mais pas avec un effet de réseau suffisant, un palier étant atteint en 2035.

– Scénario « Effet social » où l'effet d'innovation est faible au début (peu d'acteurs s'engageant dans la démarche, mais par de bons gains de productivité (3,5 % les premières années, baissant un peu par la suite) et un excellent « bouche-à-oreille » local : le modèle trouve son vrai rythme de croisière dans les années 2030 pour toucher au final 300 millions d'agriculteurs en 2050.

D'un point de vue économique, selon les projections de BearingPoint et en se basant sur les données de la FAO, en appliquant le modèle de plateforme pour les productions vivrières sur toute l'Afrique à horizon 2050, l'agriculture pourrait devenir le nouvel or vert, avec presque 400 milliards d'euros de contribution au PIB africain, loin devant la contribution au PIB du pétrole actuellement à 280 milliards d'euros pour un baril à 80 euros. Ceci dans le cas des scénarios productivité et innovation. Dans le premier cas, près de 180 millions d'agriculteurs bénéficieraient d'un revenu de 2 200 euros annuel à comparer à moins de 800 aujourd'hui (en euros constants, donc hors effet inflation), soit un quasi-triplement. Dans le second cas, près de 250 millions d'agriculteurs seraient concernés, mais avec un impact revenu moindre, mais tout de même à 1 600 euros/an (soit un doublement en 30 ans).

Des gains économiques considérables

Dans le cas du scénario effet social, le gain économique est encore plus considérable à près de 630 milliards d'euros et 350 millions d'agriculteurs bénéficieraient d'un revenu de près de 2 200 euros/an. Il s'agit ici uniquement des revenus pour les agriculteurs concernés par le modèle de développement. L'hypothèse conservatrice est qu'il n'y a pas d'impact sur le nombre global d'agriculteurs (ce qui pourrait être revu à la hausse dans certains cas, la productivité entraînant de meilleurs revenus pouvant faire venir vers ce métier des jeunes – cependant l'hypothèse conservatrice a été maintenue). Le nombre d'agriculteurs intégrant le modèle dans le premier scénario serait faible, sans être négligeable (18 millions) alors que dans les autres, ils représentent entre 30 % et 70 % de la population concernée.

En termes de revenu global, l'impact est bien sûr marginal dans le scénario PoC, alors que l'économie globale de l'agriculture gagne plus de 200 milliards d'euros dans les scénarios productivité et innovation (le scénario productivité étant à terme un peu plus intéressant de l'ordre de 40 milliards d'euros à horizon 2050) et les résultats sont remarquables dans le dernier scénario avec une économie agricole globale à presque 700 milliards d'euros conjuguée par un double effet de diffusion à une majorité d'agriculteurs et à un impact de productivité réel. Dans ce scénario, le revenu global agricole est de plus de deux fois supérieur à celui du pétrole ! Le nouvel or vert…

Jean-Michel Huet et Ludovic Morinière

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