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Faire baisser les prix

L'usage plus intensif des engrais chimiques est reconnu comme nécessaire pour accroître rapidement les rendements agricoles des pays ACP. Pour les rendre accessibles aux producteurs, malgré leur coût très élevé, les gouvernements africains sont, depuis la crise alimentaire de 2007, de plus en plus nombreux à les subventionner.

"Il est impossible de se passer de l'utilisation judicieuse des engrais chimiques pour nourrir les six milliards d'habitants de la planète, aujourd'hui, et les neuf milliards en l'an 2050", déclarait déjà en 2007 Jacques Diouf, directeur général de la FAO. En Afrique subsaharienne, pourtant, les agriculteurs n'utilisent que 8 kg d'engrais par hectare et par an alors que la moyenne mondiale est de 90 kg/ha. De plus, selon une étude du Centre international pour le développement des fertilisants (IFDC), 85 % des terres arables du continent ont perdu en moyenne 30 kg de nutriments par hectare chaque année, de 2000 à 2004.

La dégradation de la fertilité des sols est particulièrement inquiétante en Afrique tropicale où les capacités de rétention en eau des sols ont diminué dans de nombreuses régions. Elle l'est moins aux Caraïbes. Toutefois, la vigilance est de mise, car la croissance démographique et l'urbanisation créent une forte pression sur les ressources en terres. Une gestion rationnelle des sols et autres ressources est un élément clé de la productivité.

L'accessibilité des engrais minéraux est, quant à elle, le principal frein à leur plus forte utilisation dans les pays ACP. Ces intrants, souvent importés, y sont chers en raison des frais de transport depuis les zones de production, des droits de douane, de la faible concurrence et de la dispersion de la demande. "Le transport des engrais depuis un port africain jusqu'à une exploitation située à 100 km à l'intérieur des terres peut revenir plus cher que l'expédition de ces mêmes engrais depuis l'Amérique du Nord jusqu'au port africain. Résultat, les petits agriculteurs africains paient les engrais deux à quatre fois plus cher que le prix mondial moyen", note le Fonds international pour le développement agricole (FIDA). Payer 1 € le kilo d'engrais, comme c'est le cas au Burundi, lorsqu'on ne gagne même pas ce montant par semaine est impensable. La flambée des cours du pétrole en 2007 a encore renchéri les cours : ils ont quadruplé de début 2007 à mi-2008 et sont encore aujourd'hui deux fois supérieurs aux prix pratiqués avant la crise.

La Déclaration d'Abuja

En 2006, à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, le sommet de l'Union africaine sur les engrais s'est fixé comme objectif de faire passer les engrais utilisés de 8 kg/ha annuellement à au moins 50 kg en 2015. Dans sa déclaration finale, le Sommet encourage la production locale d'engrais, l'élimination des taxes et des droits de douane sur ces produits et la création de mécanismes financiers pour en faciliter l'achat. Il propose la création d'un fonds, hébergé par la Banque africaine de développement (BAD), pour financer des programmes d'utilisation accrue des engrais. Il demande aussi aux États membres d'accorder des subventions au secteur des engrais avec le soutien des partenaires au développement de l'Afrique, en mettant l'accent sur les agriculteurs pauvres.

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international étaient par principe hostiles à de telles aides. Mais la crise alimentaire de 2007 et le succès de la politique de subventions menée par le Malawi dès 2005 ont assoupli leur position. En réponse à cette crise, la Banque mondiale a ainsi financé la distribution d'engrais subventionnés. Dans le cadre de ce programme, le Bénin, par exemple, a bénéficié fin 2008 de 7,5 millions $ (5,5 millions €) qui lui ont permis d'acheter et de distribuer 9 800 t d'engrais à 50 000 petits producteurs de maïs et de riz. Début 2010, le gouvernement béninois a annoncé une récolte record de 1,2 million de tonnes de maïs, soit 350 000 t de plus que les besoins nationaux.

Le Mali a lui aussi réagi à l'augmentation des prix des produits importés par une politique de relance de sa production rizicole, l'Initiative riz, pour réduire les importations et sa dépendance alimentaire. "Les rendements moyens sont passés, grâce aux engrais, de 1,5 t à l'hectare en 2008 à 2,3-2,5 t en 2009", affirmait Adama Berthé, directeur général de l'Office du riz de Mopti. En subventionnant les engrais, l'État malien a réduit leur prix de moitié. Le succès de l'opération a incité le ministère de l'Agriculture à étendre cette subvention à la culture du maïs et du blé pour la campagne 2010-2011.

Auparavant, le Malawi qui avait subi une famine meurtrière en 2005 avait décidé d'aider ses petits producteurs en leur fournissant des intrants à prix subventionnés. Les rendements ont bondi et la production de maïs a atteint 3,6 millions de tonnes, soit plus du double des besoins du pays, selon le président Bingu wa Mutharika, également ministre de l'Agriculture, alors qu'un an auparavant le pays en avait importé 400 000 t. Dyborn Chibonga, secrétaire exécutif de l'Association des petits producteurs du Malawi (NASFAM), se félicite de cette politique et estime qu'"il est beaucoup moins coûteux d'aider les gens à produire que de les aider à consommer de la nourriture importée. C'est un processus beaucoup plus durable et qui coûte beaucoup moins cher". De nombreux pays du continent avaient suivi avec intérêt l'expérience malawite.

Pour être réellement efficace, l'usage accru d'engrais ne suffit pas. Il doit aller de pair avec une politique claire et volontariste et avec une amélioration des pratiques culturales : gestion des sols, de l'eau…

Des initiatives en Afrique de l'Ouest

Mais comment faire en sorte que les engrais subventionnés parviennent effectivement à leurs destinataires ? On a constaté, en effet, à maintes occasions que ceux-ci sont très inégalement répartis et souvent accaparés par les plus riches, qui sont les mieux informés, tandis que ceux qui en auraient vitalement besoin restent à l'écart. Pour surmonter cet obstacle, l'IFDC a lancé en 2008 au Nigeria et au Ghana, en collaboration avec l'Alliance pour une révolution verte (AGRA), un système qui fait appel au secteur privé. L'argent de la subvention est d'abord déposé en banque. Les services de l'Agriculture ne distribuent plus les engrais, mais des coupons avec lesquels les paysans paient le revendeur à prix subventionné. Ce dernier remet ensuite les coupons à la banque qui en échange lui remet l'argent équivalent à la subvention. Au Nigeria, 140 000 agriculteurs de l'État de Kano et 80 000 de l'État de Taraba ont bénéficié de ce système. "Nous avons ainsi réussi à éliminer les détournements, les falsifications et le favoritisme", affirme Belo Yakasai de l'IFDC.

Autre initiative, celle du projet de Marché des intrants agricoles régional en Afrique de l'Ouest et du Centre (MIR) qui s'est attaché, dès 2004, à lever les obstacles aux échanges d'engrais à l'intérieur de la zone CEDEAO. Au bout de trois ans, le commerce intrarégional pour les organisations et entreprises participant à ce projet, fruit d'un partenariat entre l'IFDC, la CEDEAO, l'UEMOA et la coopération américaine, a augmenté de 20 %.

Mais une autre question est celle de la pérennité de ces subventions, à moins que les États ne décident de les inscrire durablement dans leurs budgets. C'est pourquoi des alternatives, moins étatiques, sont explorées telles que les achats d'engrais en gros par l'intermédiaire de groupements d'agriculteurs. Autre piste, suivie actuellement au Niger par le Réseau national des chambres d'agriculture (RECA) dans le cadre du projet Intensification de l'agriculture par le renforcement des boutiques d'intrants coopératives (IARBIC), un système d'achat à crédit via un mécanisme de "fonds tampon". Celui-ci remplit le même rôle que les crédits de campagne et permet aux paysans de disposer de l'argent nécessaire au moment où ils ont besoin d'acheter les engrais. Ils rembourseront le fonds après les récoltes.

Le micro-crédit est une autre voie : l'agriculteur emprunte pour acheter ses engrais et rembourse lorsqu'il vend sa production. Mais ces systèmes sont encore peu développés et ne résolvent pas le problème du coût élevé des engrais. À défaut de pouvoir agir sur le prix, il faut donc aussi promouvoir des techniques, culturales ou de fertilisation, qui limitent les doses utilisées.

Enfin, comme pour toute mesure visant à augmenter la production, il faut s'assurer d'un bon écoulement des produits sur les marchés où la demande vivrière n'est pas encore satisfaite. Une coordination avec les politiques commerciales est donc un gage de succès de ces initiatives.

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Commentaires  

 
+1 #4 A Propos d' l'utilisation des engraisCharles Ngoran 12-05-2010 14:19
C'est bien que les pays africaians se mettent dans cette initiative mais pourquoi ne pas privileger la culture biologique car c'est cela qui est d'actualité en Europe. L'Afrique utilise l'engrais, c'est bien mais attention à leur excès car nous nous rappellons des DDC, du scandale des OGM et aussi de l'amiante. Je voudrais plutot que l'Europe mise sur le commerce équitable qui garantit une juste renumération des petits producteurs . M. N'GORAN CHARLES ABONN2 à SPORE N° 61113
 
 
0 #3 Michael Rickaille 27-04-2010 14:51
I agree with Ken and Mathew in promoting the use of organic fertilizer instead of chemical fertilizers. However in deciding on the use of any technology one has to do a cost analysis not only considering the short term but also the long term as well as the sustainability of that technology. So in essence there are advantages and disadvantages to any technology it is for one to consider the pros and the cons within the context of their goal..
 
 
0 #2 matthew james 08-04-2010 21:53
It would be most helpful if the comparitive benefits of chemical vs organic soil amendments not forgetting that the old maxim 'healthy soil = healthy plants and chemically boosting nutrients does NOT create healthy soil' and how the hybrid seed will reduce yields quickly in a few short years,never mind the 35%+ runoff from chemicals.
I'm just saying !
 
 
+1 #1 ken hargesheimer 08-04-2010 17:35
Farmers do not need it. They should use organic, no-till farming in permanent beds using bucket drip irrigation during the dry season. They buy only open pollinated seed: crops and green manure/cover crop seed. Nothing else. This will reduce their cost to nearly 0 and double their yields while reducing their labor by 50% compared to traditional farming. A free DVD is available to anyone who emails their postal address to minifarms@gmail .com.
 

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