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Production laitière PDF Imprimer Envoyer

Un filon à exploiter

La demande est là : aux petits transformateurs de jouer !

Le secteur laitier international a connu ces dernières années une croissance spectaculaire. Mais les pays ACP ont du mal à obtenir des rendements élevés constants et la production laitière y pâtit des importations de lait en poudre à bas prix. Mettre l'accent sur les produits locaux : c'est une réponse possible, à combiner avec plus d'investissements pour soutenir la production, la transformation et le commerce.

Rajen Prasad, agriculteur fidjien, sait ce que travailler dur veut dire. Depuis qu'il a ajouté la production laitière à la culture de tubercules il y a quelques années, il trait manuellement ses 30 vaches et collecte 165 l de lait par jour. Aujourd'hui, dans le cadre du Programme d'appui à l'industrie laitière (DIS), il est l'heureux propriétaire d'une machine à traire électrique et a bénéficié d'une aide pour construire une étable moderne dans sa ferme de Muainaweni. Grâce au soutien apporté aux petites laiteries, les Fidji inversent lentement le déclin constant de la production laitière locale, dû à des problèmes fonciers, des races à faible rendement, et l'inadaptation des aliments et des infrastructures. Il reste beaucoup à faire car la production annuelle est de seulement 14 millions de litres pour une demande de 80 millions de litres.

Avec des taux élevés de protéines, lipides, lactose, vitamines et sels minéraux, le lait est essentiel pour des régimes alimentaires sains et sa production offre des revenus réguliers et constants aux éleveurs : deux bonnes raisons de promouvoir sa production auprès des éleveurs. Pourtant, malgré les efforts réalisés pour dynamiser sa production, le secteur est bien en deçà de son potentiel dans de nombreux pays ACP. Selon les spécialistes, les États doivent faire de gros investissements pour soutenir la production, la transformation et le commerce en améliorant les races, le matériel de traite et l'hygiène. Tandis que les rendements laitiers croissent à l'international - plus de 20 % dans les dix dernières années –, les chiffres de la production de nombreux pays ACP restent faibles. En Afrique, une vache laitière ne donne en moyenne que 461 kg de lait par an contre 5 874 kg en Europe. Difficile aussi de comparer le rendement annuel de lait dans le Pacifique : 1 350 kg par vache contre 6 072 et 7 150 kg en Australie et en Nouvelle-Zélande.

De plus, la qualité inégale du lait local dans de nombreux pays ACP - souvent due aux coupures de courant ou à des systèmes de conservation défaillants - limite la capacité à répondre à la demande des consommateurs. Les maladies sont un problème majeur, surtout pour les petits troupeaux des pays ACP. La mastite et la brucellose sont parmi les plus graves. Le Kenya a vu en outre arriver une adventice envahissante qui dégrade et colore le lait et la viande des animaux qui la broutent. Consommée en grande quantité, cette adventice (Parthenium hysterophorus) est toxique pour le bétail.

Autres freins au développement du secteur laitier des pays ACP : le manque d'unités de transformation, un suivi sanitaire inadapté, des structures de collecte insuffisantes et le coût élevé des intrants. En Namibie, autrefois réputée pour son industrie laitière, l'augmentation des coûts a contraint certains fermiers à abandonner. À Madagascar comme dans de nombreux pays ACP, la production laitière locale n'arrive pas à suivre le rythme de croissance de la demande. Le lait en poudre à bas prix subventionné par l'UE domine à présent le marché.

Aux Caraïbes aussi, les importations de lait à bas prix handicapent sérieusement la production laitière locale. En République dominicaine, la demande intérieure a doublé dans les années 1990, mais la production nationale a perdu du terrain face aux importations de lait en poudre. Quelque 100 000 producteurs auraient quitté ce secteur au cours des deux dernières décennies.

Une main secourable


En dépit des problèmes, des études ont montré le potentiel d'augmentation de la production dans de nombreux pays et les gains en valeur ajoutée qu'autoriserait la transformation. Confrontés à ces défis, certains gouvernements, avec des ONG, des organisations de producteurs et le secteur privé, prennent des mesures pour améliorer cette industrie. Afin de sauver le secteur laitier jamaïcain, où le nombre de producteurs a chuté de 4 000 dans les années 1960 au niveau plancher de 92, le gouvernement a lancé un plan quinquennal pour plus que doubler la production de lait d'ici 2012. Le cheptel reproducteur du bétail laitier de la Jamaïque devrait passer de 10 500 à 29 000 bêtes d'ici là en améliorant les pâturages et la formation des producteurs.

Le Projet de développement laitier d'Afrique de l'Est, qui couvre le Kenya, l'Ouganda et le Rwanda, aide les éleveurs à livrer leur lait aux transformateurs. En juin 2009, le pôle laitier kényan a fait une première collecte de 1 600 l. Deux mois après, il en collectait 9 300 l. Le Programme zambien de vulgarisation pour les petits transformateurs de produits laitiers cible quatre petites associations laitières de la province Sud et propose des services de vulgarisation améliorée pour l'élevage, ouvrant ainsi des perspectives aux petits producteurs.

En Zambie aussi, une formation en informatique aide les éleveurs à utiliser l'ordinateur pour enregistrer leurs rendements et ventes de lait. Parmi eux, Christina Ngoma explique que la formation proposée par l'Association zambienne de recherche et de développement (ZARD) l'a aidée à augmenter la quantité de lait qu'elle tire de ses vaches. "J'utilise à présent l'ordinateur pour noter ma production de lait, mes rentrées quotidiennes et mensuelles, mes inventaires, mes opérations budgétaires et les dates d'insémination des bêtes, ajoute-t-elle. Il me sert aussi à enrichir l'alimentation des animaux, ce qui accroît les rendements laitiers."

Restons local


La clé du succès repose souvent sur le soutien à la petite production locale. Au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal, la campagne Mon lait, je l'aime local persuade les consommateurs de renoncer au lait en poudre importé. Au Cameroun, l'association d'éleveurs APESS a fait de "l'économie du bétail basée sur la production laitière" une priorité et le soutien aux producteurs laitiers locaux se traduit par des méthodes de production améliorées. Le développement de la transformation en laitages (beurre, crème, lait caillé et fermenté, yaourts, spécialités laitières locales) par de petites unités de production illustre le succès de cette stratégie pour les secteurs laitiers de plusieurs pays ACP. Les marchés urbains surtout sont porteurs.

Parmi les spécialités locales, se trouvent le dèguè - un mélange de granulés de mil cuits, de sorgho et de lait fermenté ou yaourt - et le wagachi, un fromage peul. Au Tchad, l'augmentation de la population de la capitale, Ndjamena, alimente un commerce foisonnant de produits à base de lait local, consommés dans des bars à lait. Le lait frais sucré et le rayeb, un lait fermenté, sont des boissons populaires. Le succès croissant de ces bars repose sur un réseau de collecteurs dynamiques qui acheminent le lait à mobylette, contrôlent les critères d'hygiène des producteurs et des commerçants, et fournissent du lait frais aux petits transformateurs pour fabriquer du beurre, du fromage et des yaourts.

Au Kenya, l'économie informelle dynamise le commerce de lait local. Un réseau de 40 000 collecteurs indépendants qui s'approvisionnent auprès de 1,8 million de petits éleveurs écoule 86 % de la production nationale sur le marché local mais aussi régional. La consommation nationale annuelle a explosé (112 l par personne) et l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient font partie des clients du Kenya. L'industrie laitière kényane, qui s'appuie essentiellement sur les petits producteurs, emploie 350 000 personnes à temps plein sans compter les 40 000 commerciaux du secteur.

Au Rwanda, la production laitière locale augmente grâce au programme Girinka "une vache par famille pauvre", lancé il y a trois ans. À ce jour, 700 000 vaches ont été distribuées, et le pays a produit 260 000 t de lait en 2008 contre 190 000 t en 2007, d'où une chute cons dérable des importations de lait en poudre. À Bujumbura, capitale du Burundi, les propriétaires de vélos-taxis collectent le lait depuis la décision du gouvernement d'interdire les vaches en ville pour des raisons d'hygiène. "J'achète un litre de lait 500 Fbu (0,27 €) et le revends 600 Fbu (0,33 €) à des clients réguliers qui à leur tour le revendent 800 Fbu (0,44 €)", rapporte Éric Niyongabo, collecteur. "Nous tirons de bons revenus du lait de vache, transformé en beurre, fromage, yaourts au lait crû concentré et moi-saanu (beurre local), que nous tirons des bêtes", ajoute Hamidu Lawan, éleveur du Nord du Nigeria.

Élevage de qualité


Les gouvernements ont compris que le lait est plus qu'un sous-produit de l'agriculture traditionnelle et accordent plus d'attention à l'élevage. Au Rwanda, cependant, les tentatives du gouvernement d'introduire des variétés laitières étrangères plus productives n'ont pas été entièrement couronnées de succès. De nombreux éleveurs ont refusé d'échanger leur cheptel local contre des variétés importées coûteuses et plus chères aussi à entretenir. Selon Maurice Oudet, qui a travaillé avec des gardiens de bétail au Burkina Faso, plutôt que d'introduire des races exogènes, il vaudrait mieux chercher à "améliorer la qualité des races locales en veillant à leur santé et à leur nourriture".

En ce qui concerne la transformation, plusieurs "mini-laiteries" créées en Afrique de l'Ouest affichent des résultats prometteurs. Celles qui ont le plus de succès sont situées à proximité des unités de production de produits laitiers. L'Union nationale des mini-laiteries du Burkina Faso a lancé son propre label BurkinaLait et rassemble à présent 23 d'entre elles ainsi que des producteurs dans tout le pays. Elle effectue des contrôles de qualité chez les producteurs et les transformateurs.

Guillaume Duteurtre, économiste au CIRAD, a mené plusieurs études sur la production laitière en Afrique. Il est convaincu que les petits transformateurs jouent un rôle majeur dans le développement du secteur car ils négocient des objectifs de production avec les éleveurs laitiers et peuvent exiger un certain niveau de qualité et d'hygiène. "Ce sont eux, dit-il, les moteurs de l'évolution des techniques d'élevage (telles que l'introduction d'aliments concentrés en période de sécheresse) et de la qualité sanitaire et nutritionnelle du lait." Les mini-laiteries du Burkina Faso, qui fabriquent des produits exclusivement à partir de lait local, marchent bien, même si les éleveurs ont souvent du mal à répondre à la demande. "Tout ce dont nous avons besoin à présent, c'est que les éleveurs laitiers nous livrent plus de lait", affirme le propriétaire d'une mini-laiterie à Koudougou.

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Commentaires  

 
0 #4 05-01-2010 04:37
Amidst the increased production of milk the developed world in cutting back on milk production. It is wise if countries such as fiji partner with other developing nations in an attempt to forge trade agreements. Soon as the world recovers from the economic slump there would be glodal shortages and unprepared nations would be unable to source food and milk products. The world's producers would be unable to respond quickly enough. Just words to the wise. Sayeed
 
 
0 #3 05-01-2010 04:25
Il faudrait donner des moyens aux paysans pour que le pays élève ses propres vaches...Surtout notre gouvenement doit faire cet effort pour relancer l'agriculture et l'élevage. Henry
 
 
0 #2 07-12-2009 09:57
Initiative très louable qui merite d'être vulgarisée dans le reste de la RDC en cette période de reconstruction.
 
 
0 #1 07-12-2009 09:53
How I wish the Nigerian government and people would pay attention to developing a more efficient system of milk collection and processing. These resources are really lacking in our beloved country. We jolly well cannot drink the crude oil which is causing so much pain and trouble anyway.
 

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