| Mini-élevage |
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Mini-élevage deviendra grandDes espèces et des revenus plus que jamais à protéger De nombreux petits animaux, comme les rongeurs et les escargots géants, sont menacés de disparition dans les pays ACP. Leur élevage en captivité contribue à la protection des espèces tout en procurant de la viande et des revenus aux petits agriculteurs périurbains. L'élevage pour la consommation de viande de certaines espèces dites non conventionnelles, c'est-à-dire mal connues et de petite taille, se perd dans la nuit des temps. En Amérique latine, le cochon d'Inde ou cobaye (Cavia porcellus) aurait déjà été domestiqué et élevé pour sa chair il y a quelque 2 500 ans. Paradoxalement, le terme mini-élevage, qui désigne l'exploitation contrôlée de petites espèces sauvages autochtones telles que rongeurs, grenouilles et escargots, n'existe que depuis une vingtaine d'années. L'apparition de ce concept signe un début de reconnaissance par la recherche et les zootechniciens d'espèces locales très appréciées depuis longtemps par les populations des pays tropicaux. Le mini-élevage concerne des espèces variées de vertébrés et d'invertébrés et se distingue de l'élevage à petite échelle d'animaux plus classiques comme le poulet et le lapin (voir encadré). Au fil des années, l'intérêt de la recherche pour le mini-élevage se confirme. L'aulacode (Thryonomys swinderianus), faussement appelé hérisson ou agouti en Afrique, et les escargots géants africains ont fait une timide entrée dans la dernière édition du Mémento de l'agronome en 2002, qui leur consacre sept pages. Les avantages économiques et écologiques de cet élevage vivrier incitent à lui accorder plus d'importance. La production de protéines animales moyennant un investissement relativement modeste est plus que jamais à l'ordre du jour au moment où les prix du poisson et de la viande, y compris importée, flambent dans la plupart des pays. Le mini-élevage ne se pose pas en concurrent de l'élevage classique, mais plutôt comme un complément de l'activité agricole. Des viandes très priséesÀ la portée des femmes et des enfants, l'élevage familial de certains rongeurs est désormais considéré comme un allié de choix dans la lutte contre la malnutrition et la pauvreté. Il procure des protéines aux familles les plus démunies, en particulier aux enfants privés de viande quand la tradition la réserve en priorité au chef de famille. Au Kivu, à l'est de la République démocratique du Congo (RDC), les mamans élèvent souvent quelques cobayes dans ce but. La chair des escargots, riche en fer, est conseillée aux femmes enceintes ou qui allaitent. En Afrique de l'Ouest et du Centre, des études ont montré que les consommateurs apprécient plus la viande dite de brousse, considérée comme un mets de choix, que celle de boeuf ou de mouton. Dans les grandes villes, une clientèle nostalgique des saveurs du village est prête à payer au prix fort gibier d'élevage et escargots géants. Cet engouement est de nature à favoriser l'élevage périurbain et même urbain de ces petites espèces. Le mini-élevage est une solution abordable pour les femmes, les jeunes et les paysans sans terre, car il ne demande en général que peu d'espace - il peut même se pratiquer dans un coin de l'habitation - et un équipement (quelques cages) facile à fabriquer à peu de frais. L'alimentation de base des rongeurs, par exemple, est peu coûteuse ; elle se compose d'épluchures de fruits et légumes, de déchets de récolte et d'herbes sauvages. C'est un avantage non négligeable face à l'augmentation actuelle des prix de la provende, elle-même liée à l'envolée des prix des céréales et du pétrole. La plupart de ces espèces locales, sauvages au départ, s'adaptent bien à la captivité, s'y reproduisent très rapidement, nécessitent relativement peu de soins et résistent bien aux maladies. Dans les pays du golfe de Guinée, des élevages commerciaux d'aulacodes de plus d'un millier de têtes atteignent des niveaux de productivité élevés. Gibier d'élevageLa réduction voire la disparition des milieux où vivaient ces espèces autochtones, conjuguée à une demande croissante, plaide également en faveur du développement du mini-élevage. Il y a urgence pour certains animaux telles les grenouilles, victimes à la fois de la disparition des zones humides et de prélèvements excessifs, comme en Afrique de l'Est (Burundi, RDC, Rwanda) où leurs cuisses figurent souvent au menu des restaurants. Le Fonds mondial pour la nature (UICN) a déclaré 2008 Année de la défense des grenouilles, avec à la clé un plan de développement de leur élevage assorti d'un fonds de 60 millions $ US. Victimes eux aussi de leur succès auprès des consommateurs, l'aulacode et les cricétomes (rat de Gambie ou rat géant) sauvages se font de plus en plus rares aux abords des capitales du Bénin et du Togo. En Côte d'Ivoire, la chasse d'aulacodes sauvages a été estimée à 8 millions de têtes par an. Dans les Caraïbes, les hutias (Geocapromys spp.), de petits rongeurs proies des hommes, des chiens et des chats, ont été sauvés in extremis de l'extinction et quelques élevages ont fait leur apparition. Les populations d'escargots géants africains déclinent, elles aussi, sous l'effet d'un ramassage excessif, des feux de brousse et de l'empoisonnement par les pesticides. L'idée d'élever du petit gibier s'impose à présent dans les pays où la viande de brousse est fortement ancrée dans les habitudes alimentaires, comme c'est le cas dans le bassin du Congo. Au Gabon, la consommation de gibier serait deux fois supérieure à celle de la viande de boeuf. Depuis 2002, le projet Développement d'alternatives au braconnage en Afrique centrale (DABAC), financé par le Fonds européen de développement (FED), vise à satisfaire en partie la demande par du gibier élevé à la périphérie des villes et vendu sans intermédiaires sur les marchés urbains. Démarré au Gabon, le projet s'est étendu au Cameroun et au Congo. Toutefois, dans les zones de chasse, le DABAC préconise plutôt le petit élevage de volaille ou de porcs que celui des rongeurs pour compenser les revenus du braconnage. Les ruraux sont en effet peu enclins à consacrer du temps à s'occuper d'animaux considérés comme des ravageurs, faciles à chasser et dont la production n'est rentable que s'il existe une clientèle importante accessible directement. Le succès de l'aulacodeSi démarrer un petit élevage domestique de quelques rongeurs est à la portée de tous, passer au stade supérieur d'une production rentable et régulière en vue de la vente s'avère plus délicat. La réussite repose en grande partie sur la mise au point d'itinéraires techniques bien balisés, fondés sur des recherches zootechniques et vétérinaires solides, et la diffusion de méthodes de production économiques, adaptées aux petits producteurs. L'aulacodiculture en Afrique de l'Ouest a réussi au prix d'années de recherches sur tous les aspects de cet élevage - bâtiments et équipements, alimentation, reproduction, santé et conduite de l'élevage. Les recherches ont commencé au Ghana, en Côte d'Ivoire et au Nigeria dans les années 1970 avant de se poursuivre au Bénin avec l'aide de la coopération technique allemande (GTZ). Ce projet bénino-allemand s'est d'abord attaché à résoudre les problèmes liés à l'habitat, à la captivité et aux maladies de l'aulacode. L'expérience béninoise devrait prochainement profiter aux éleveurs d'autres pays d'Afrique subsaharienne jusqu'à l'Afrique du Sud avec la création de réseaux nationaux. La zootechnie du cochon d'Inde ou cobaye est elle aussi assez bien maîtrisée, surtout en Amérique du Sud. Très prolifique, le cobaye est connu comme animal de compagnie et de laboratoire. Dans les pays tropicaux, on l'élève surtout pour sa chair. En Afrique de l'Ouest et centrale jusqu'à l'est de la RDC et en Tanzanie, de même que dans les Caraïbes, en Haïti, les petits élevages familiaux de quelques têtes contribuent à la sécurité alimentaire. C'est un élevage facile, mis à part les problèmes de consanguinité qui finissent par affecter la santé et le poids des animaux. Escargots nutritifsLes escargots géants africains (Achatina et Archachatina), dont le poids peut dépasser 350 g, sont très prisés dans les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest et centrale. Récoltés le plus souvent dans la nature, ils sont vendus vivants sur les marchés ou débarrassés de leur coquille et fumés. Au Ghana, une usine met en conserve des escargots pour la vente à l'exportation. La teneur en protéines de la chair, supérieure à 40 %, en fait un aliment de grande valeur. L'élevage, encore incomplètement étudié, notamment en ce qui concerne la pathologie, se pratique soit en plein air dans des enclos, à l'abri des prédateurs, soit dans des fosses spécialement aménagées. Les principales difficultés de l'achatiniculture sont le contrôle de l'humidité et l'apport indispensable d'un complément en calcium sans lequel la coquille trop fragile se brise lors des manipulations et du transport. Les déjections des escargots constituent un bon engrais. Des essais menés au Bénin ont montré que leur réserver une parcelle en rotation maraîchère enrichit le sol à bon compte pour y cultiver des légumes. L'introduction de races exotiques à des fins d'élevage est vivement déconseillée. Des îles du Pacifique et des Caraïbes ont fait les frais de l'importation imprudente d'un escargot du Nigeria, Achatina fulica. Non seulement cette espèce a causé des dégâts aux cultures, mais on a cherché à la contrôler en introduisant un autre escargot prédateur, Euglandina rosea, qui s'est imposé au détriment des gastéropodes locaux. La grande variété des espèces qui relèvent du mini-élevage est à la fois une indéniable richesse et un obstacle au développement de celui-ci. Les recherches zootechniques se concentrent en effet de préférence sur des animaux présents dans de vastes zones couvrant plusieurs pays. Vulgariser les résultats et former des techniciens aux mini-élevages est certes une entreprise de longue haleine, mais les enjeux économiques, sociaux et écologiques en valent la peine. |
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