Dimakatso Sekhoto : De la finance à l’agriculture

Dimakatso Sekhoto, co-fondatrice de GrowthShoot, une organisation qui favorise l’emploi des jeunes dans l’agriculture, a été l’une des principales intervenantes au 48ème Briefing de Bruxelles qui s'est tenu le 20 mars dernier. Au programme de cet événement co-organisé par le CTA : le renforcement des moyens de subsistance en milieu rural face à l’urbanisation rapide en Afrique. Dimakatso Sekhoto a livré son point de vue sur le renforcement des relations entre les producteurs et les marchés urbains.

© Bantu Frame

Dimakatso (Nono) Sekhoto est en train de devenir l’une des fers de lance de la jeunesse agricole dans son pays natal, l’Afrique du Sud. À l’âge de 35 ans, elle est déjà directrice générale d’une entreprise agricole de viande bovine, de pommes et de tournesols, mais aussi co-fondatrice d’une entreprise qui favorise l’emploi des jeunes dans l’agriculture, ainsi que membre du conseil exécutif national de l’Association des agriculteurs africains d’Afrique du Sud (AFASA – African Farmers’ Association of South Africa). Lors du 48ème Briefing de Bruxelles, organisé le 20 mars par le CTA et ses partenaires, elle a exposé son projet visant à renforcer les liens entre les agriculteurs ruraux et les marchés urbains.

 

Vous venez de la finance. Qu’est-ce qui vous a amenée à travailler dans le secteur agricole ?

Je m’ennuyais un peu dans le secteur financier après y avoir travaillé pendant sept ans. Mon père avait acheté une exploitation agricole en 2008 et m’a demandé de l’aider pour les aspects financiers. Je n’avais absolument pas imaginé de travailler dans le secteur agricole, mais en 2011 j’ai accepté et je me suis lancée dans l’inconnu. J’avais tout à apprendre, et j’ai passé beaucoup de temps avec les travailleurs pour essayer de comprendre ce métier, que j’ai trouvé passionnant.

Comment a évolué votre intérêt pour l’activité agricole à partir de là ?

Je travaille toujours pour l’exploitation familiale, mais au fil des ans je me suis de plus en plus intéressée au développement de la jeunesse. J’ai rejoint des réseaux, puis l’AFASA, et c’est à partir de là que j’ai commencé à comprendre de mieux en mieux la dynamique du secteur agricole dans son ensemble, et pour les jeunes en particulier. J’ai alors décidé de me focaliser sur ce domaine et de créer avec un ami, une entreprise appelée GrowthShoot. En partie parce que j’ai compris que je m’étais lancée dans l’agriculture par erreur, et quand j’ai commencé à voir toutes les opportunités qu’elle offrait, je me suis rendu compte que très peu avait été fait pour encourager les jeunes à se lancer dans l’agriculture ou pour faciliter leur expérience dans le secteur. 

Quel est le message principal que vous avez transmis au Briefing de Bruxelles ?

Il y en a deux. D’abord, je veux dire que nous devons trouver de nouvelles façons de convaincre les jeunes de rester dans les zones rurales et d’y être productifs. Les gens ont tendance à croire que s’ils partent s’installer en ville, l’emploi va leur tendre les bras, or ce n’est pas le cas. Ensuite, je veux parler du potentiel qu’il y a à relier les marchés urbains à la production en milieu rural. Les exploitants agricoles n’ont peut-être pas le marché nécessaire à disposition ici, mais ils ne doivent pas pour autant se rendre physiquement dans les zones urbaines pour accéder aux marchés. Ils peuvent y parvenir d’où ils se trouvent, s’ils reçoivent le soutien adéquat.

À quel point est-il important, selon vous, d’établir des liens entre les agriculteurs ruraux et les marchés urbains ?

Les liens entre les zones rurales et les villes peuvent faire beaucoup pour développer l’agro-entreprise et générer de l’emploi. Les opportunités sont là. Le problème, c’est que quand on est seul et qu’on n’est pas informé, il n’est pas facile d’exploiter ces ouvertures. C’est la lacune que nous avons décelée. Par exemple, il y a une chose qui agit en notre faveur en Afrique du Sud : l’existence de politiques d’autonomisation économique. Elles fournissent un cadre juridique, dans le cas de l’agriculture, pour que les grandes entreprises travaillent avec des petits producteurs agricoles. Cela ouvre toute une série de canaux permettant à ces petits producteurs d’accéder aux marchés urbains. Mais cet accès est compliqué quand on est seul et qu’on ne sait pas comment faire.

Comment fonctionne votre entreprise ?

GrowthShoot entend permettre aux jeunes de devenir autonomes dans l’agriculture en leur donnant accès à des opportunités dans le secteur agro-industriel. Pour ce faire, nous collaborons avec des acteurs organisés pour un produit spécifique, puis nous construisons un écosystème intégré qui donne accès aux jeunes agriculteurs à un éventail complet de soutien : formation, commercialisation, financement et mentorat. Pour donner un exemple de notre premier projet, nous sommes en train de créer une entreprise d’élevage de lapins et nous avons une installation accueillant environ 800 lapins. Nous employons de jeunes diplômés et nous trouvons de jeunes agriculteurs pour mettre en place d’autres petites unités de production satellites. Nous allons tous travailler ensemble selon un modèle coopératif et GrowthShoot se chargera des ventes. L’avantage de ce modèle est qu’il apporte un soutien aux jeunes agriculteurs, qu’il partage les coûts d’intrants et qu’il permet de vendre à un seul acheteur sous un seul contrat.

Vos activités ont fait de vous une ambassadrice des jeunes dans l’agriculture. Pourquoi est-il si important de cibler cette frange de la population ?

Nous savons tous que la population va augmenter de manière spectaculaire dans les prochaines décennies. L’agriculture sera essentielle pour répondre à ce phénomène. En Afrique du Sud, le secteur agricole est bien plus développé que sur le reste du continent, mais la population qui contrôle l’agriculture a fortement vieilli. L’âge moyen des agriculteurs qui nourrissent notre pays se situe entre 55 et 65 ans. Il est donc extrêmement important d’y amener la nouvelle génération. Aujourd’hui, les jeunes qui travaillent dans l’agriculture ne sont pas suffisamment soutenus. Mon but est donc de démontrer qu’il y a bien plus d’opportunités que les gens ne le croient dans l’agriculture. J’en suis un exemple vivant. Il y a une multitude d’ouvertures tant au sein que en dehors des exploitations agricoles, il est important de le montrer aux jeunes.

Dans quelle mesure faut-il favoriser une meilleure autonomie des femmes dans l’agro-entreprise, et comment y contribuez-vous ?

Si on observe les zones rurales de ce pays, on remarque les femmes représentent la majorité de la population. Au fil des ans, les hommes se sont déplacés vers les villes pour y trouver un emploi. Les femmes ont commencé à se rendre compte qu’elles devaient trouver des moyens de subvenir à leurs besoins, ou d’obtenir plus que le peu d’argent qu’elles recevaient des hommes. Voilà pourquoi l’agriculture a une telle importance ici.

 

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Clare Pedrick

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