Commerce régional des céréales en Afrique de l'Ouest : une chance à saisir !

Consolider le marché des céréales en Afrique de l'Ouest pourrait être profitable pour les petits agriculteurs, les autres acteurs de la chaîne de valeur et pour un grand nombre de consommateurs. Quelques jours avant la prochaine conférence ouest-africaine. Vincent Fautrel, Coordinateur de programme sénior du CTA en matière de chaînes de valeur, explique les défis et opportunités du commerce régional des céréales. La conférence, organisée conjointement par le CTA, l’AFRACA, le ROPPA et le ROAC se tiendra à Ouagadougou au Burkina Faso du 29 novembre au 1er décembre 2016.

Vincent Fautrel, Coordinateur de programme sénior du CTA en matière de chaînes de valeur

Consolider le marché des céréales en Afrique de l'Ouest pourrait être profitable pour les petits agriculteurs, les autres acteurs de la chaîne de valeur et pour un grand nombre de consommateurs. Quelques jours avant la prochaine conférence ouest-africaine. Vincent Fautrel, Coordinateur de programme sénior du CTA en matière de chaînes de valeur, explique les défis et opportunités du commerce régional des céréales. La conférence, organisée conjointement par le CTA, l’AFRACA, le ROPPA et le ROAC se tiendra à Ouagadougou au Burkina Faso du 29 novembre au 1er décembre 2016.


Dans quelle mesure le commerce régional des céréales contribue-t-il à la croissance économique en Afrique de l'Ouest ? 

Le commerce régional des céréales a augmenté au cours des trente dernières années grâce à la hausse de la production locale, une meilleure connexion entre les zones de production et les centres de consommation urbains, ainsi qu’à la hausse des achats sur le marché international. En dépit de cette augmentation, le niveau global du commerce intrarégional des céréales en Afrique de l'Ouest reste bien en-deçà de son potentiel. Le maïs cultivé localement, par exemple, ne représentait que 3 % des importations officielles de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) entre 2005 et 2009, un pourcentage bien trop modeste même s'il est deux ou trois fois plus élevé dans le commerce informel non officiel. De même, les échanges de sorgho et de millet – autres denrées de base dans la région – pourraient être beaucoup plus importants au sein de la région qu'ils ne le sont actuellement. Toutefois, les transformateurs agroalimentaires (brasseries, fabricants d'aliments et autres) trouvent beaucoup plus facile d'importer ces céréales de l'extérieur de la région que de s'approvisionner localement.

Quels sont les principaux obstacles à surmonter ?

Parmi les principaux défis rencontrés par le commerce régional de céréales en Afrique de l'Ouest figurent la médiocrité des réseaux de transport et des infrastructures des marchés, la violation des règles et des accords commerciaux régionaux existants, ainsi que toute une série de barrières à l'accès au marché à la fois officielles et officieuses. D'autres problèmes importants sont à noter, notamment le manque de mécanismes et d'outils pour un commerce structuré, l'utilisation limitée des technologies de l'information et de la communication, le manque de participation du secteur privé à la conception de programmes visant à stimuler le commerce régional, et les difficultés d'accès aux financements commerciaux. Dernier aspect, mais non le moindre, le commerce régional des céréales est également touché par la présence d’aflatoxines dans les denrées alimentaires.

Que faut-il faire ?

Aujourd'hui, il faut des approches proactives pour transformer et moderniser le commerce des céréales dans la région et répondre directement à la demande croissante des villes toujours plus peuplées d'Afrique de l'Ouest. Il faut également reconnaître la valeur des stratégies et initiatives qui visent à promouvoir et faciliter le commerce régional des céréales dans la sous-région, telles que celles mises en œuvre par le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l'Afrique de l'Ouest, Afrique Verte International, Borderless Alliance et, plus récemment, le Réseau ouest-africain des céréaliers (ROAC) en collaboration avec la CEDEAO, l'Alliance pour une révolution verte en Afrique, USAID et le CTA. En outre, il est fondamental de renforcer ces stratégies.

Vous avez évoqué la nécessité de mettre en place des mécanismes pour un commerce structuré afin de développer le commerce des céréales dans la région. Comment fonctionnent ces mécanismes ?

Par commerce structuré, on entend un ensemble d'institutions et d'outils du marché qui permettent aux producteurs, aux négociants, aux minotiers, mais également aux bailleurs de fonds de travailler ensemble de manière plus efficace. Il s'agit d'un moyen d’organiser, réguler et financer les échanges commerciaux. Concrètement, les céréales sont classées en fonction d'un ensemble de normes agréées et sont entreposées en toute sécurité dans des entrepôts fiables. Ces deux éléments permettent au propriétaire d'utiliser les céréales en tant que garantie dans le cadre d'un prêt, avant de les vendre sur le marché. Les céréales peuvent être vendues directement à partir de l'entrepôt. De plus, elles peuvent être négociées sur une bourse de produits de base, dans laquelle les acheteurs et les vendeurs peuvent convenir d'une transaction sans devoir venir inspecter eux-mêmes le grain. Cela présente d'immenses avantages pour toutes les personnes impliquées. Les agriculteurs ont des débouchés commerciaux plus favorables et peuvent vendre leurs céréales lorsque les prix sont bas. Pour les négociants, l'achat et la vente sont simplifiés, moins risqués et plus efficaces. Les acheteurs ont des sources d'approvisionnement plus fiables, une qualité assurée et un plus large éventail de fournisseurs potentiels. Les coûts et les pertes sont diminués ; pour tous les acteurs, les recettes peuvent augmenter.

Quelles sont les possibilités d'intensification du rôle du secteur privé dans le secteur des céréales, et quelles discussions doivent être engagées avec les décideurs politiques ?

En réalité, si le secteur privé est mal organisé et mal structuré, il sera difficile pour les décideurs politiques, tant au niveau national que régional, de discuter avec les représentants de ce secteur et de s'assurer que les politiques répondent efficacement aux besoins des acteurs sur le terrain. D'où le besoin de renforcer la position des acteurs de la chaîne de valeur des céréales et de s'assurer que ces derniers peuvent participer à un dialogue constructif avec les décideurs politiques. Toutefois, avant d'en arriver là, les acteurs de la chaîne de valeur des céréales doivent établir une relation de confiance mutuelle afin de collaborer de manière plus efficace et de définir des priorités communes. C'est dans ce contexte que les associations ou les réseaux de céréales tels que le ROAC pourront jouer un rôle essentiel.

Quelles sont les stratégies adoptées par le CTA et quels en sont les résultats escomptés ?

Le CTA est une petite organisation, c'est pourquoi nos actions doivent avoir une valeur ajoutée par rapport à celles des autres grands bailleurs de fonds sur le terrain. Notre projet phare en Afrique de l'Ouest vise spécifiquement à promouvoir le commerce structuré des céréales dans la région. Notre partenariat avec le ROAC, RONGEAD, l'AGRA et l'Agence régionale pour l'agriculture et l'alimentation/CEDEAO est axé sur deux résultats principaux : d'une part, le développement de services de renseignements sur le marché des céréales et, d'autre part, l'établissement et l'adoption de normes régionales communes concernant les céréales. Nous espérons que ces deux résultats pourront servir de pierres angulaires à la mise en place d’une potentielle bourse de produits de base dans la région, un objectif qui figure actuellement en tête de liste des priorités de la CEDEAO et de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), mais également parmi les principales priorités des organisations d'agriculteurs d'Afrique de l'Ouest.

 

Autres exclusivités

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.