Innovation : des intrants agricoles écologiques qui recyclent les déchets

Deux entreprises kényanes ont développé des intrants agricoles efficaces et abordables à partir de matériaux auparavant indésirables. Ce biopesticide à base de mauvaises herbes disponibles localement et cet engrais biologique sans émissions de carbone présentent des résultats prometteurs pour les agriculteurs kényans.

Safi Sari® augmente le rendement des cultures de 30 % et coûte 2 fois moins cher qu’un fertilisant conventionnel. © Safi Organics

Au Kenya, un biopesticide développé par le chimiste industriel Donatus Njoroge aide les agriculteurs à protéger leurs récoltes de céréales contre les attaques de charançons. En effet, la “bioressource Molepse” a des effets répulsifs et toxiques et tue les nuisibles qui entrent en contact avec elle en moins de cinq minutes. Cette ressource biologique à faible coût est fabriquée à partir de plusieurs extraits de plantes (aromatiques) du genre Ocimum. “Le produit est formulé à partir de différentes espèces de plantes que l’on trouve localement au Kenya. Une goutte d’huile essentielle extraite de ces plantes agit comme un pesticide efficace”, affirme M. Njoroge.

Il aura fallu quatre années à M. Njoroge pour mettre au point ce biopesticide, désormais disponible sous forme de poudre et de liquide, qui s’applique sur des sacs de céréales par fumigation. Deux sacs sont utilisés dans le processus : celui contenant les céréales est d’abord traité par fumigation, puis placé dans un autre sac pour éviter que les vapeurs de biopesticide ne s’échappent. Douze sacs de 90 kg de céréales peuvent être protégés avec seulement 60 ml de Molepse, au prix de 0,80 euro et pour une période allant jusqu’à six mois. “Le biopesticide ne contient pas d’additifs chimiques, ce qui joue évidemment un rôle majeur dans la réduction de ses coûts de production et le rend donc abordable pour les agriculteurs plus démunis”, ajoute M. Njoroge. “Il est écologique et sûr.” Le produit, qui est utilisé par plus de 100 céréaliers, dans le centre du Kenya, a fini second de l‘East Africa Post-Harvest Technologies Competition en 2017, un concours organisé par le cercle de réflexion africain Inter Region Economic Network.

Samuel Rigu, un autre innovateur kényan, a développé un engrais et amendement de sol sans émissions de carbone à partir de balles de riz disponibles localement. Safi Sarvi®, un mélange de biochar (du charbon à base de résidus de culture), de calcaire broyé et de déchets végétaux, augmente le rendement des cultures de 30 % et permet d’éviter le rejet d’au moins 5,4 tonnes d’équivalent CO2 dans l’atmosphère par an pour chaque hectare de terre sur lequel il est utilisé. L’engrais fait aussi baisser l’acidité du sol et contribue à la rétention des éléments nutritifs et de l’humidité, réduisant ainsi les besoins en irrigation de 15 %.

D’après M. Rigu, Safi Sarvi® est deux fois moins cher que les engrais traditionnels (12 € pour un sac de 50 kg). Il est utilisé par plus de 1 000 exploitants agricoles au Kenya, qui cultivent du riz, du maïs, du blé, des haricots, des pois, des légumes et des fruits. L’entreprise de M. Rigu, Safi Organics, soutient aussi les agriculteurs en leur achetant les déchets autrefois indésirables. En plus d’être certifié biologique par Ecocert, l’engrais a aussi remporté plusieurs prix et a été parmi les finalistes du Prix de l’innovation pour l’Afrique en 2016.

James Karuga

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.