Productivité agricole : Le Cameroun mise sur la multiplication semencière

La disponibilité accrue de semences de qualité au Cameroun permet aux petits exploitants agricoles d’améliorer leurs rendements et leurs revenus et d’accroître l’autosuffisance alimentaire du pays.

Grâce à un approvisionnement régulier en semences de qualité et à prix abordables, les agriculteurs ont vu leurs rendements augmenter de façon significative. © Seth Lazar/Alamy Stock Photo

Pour améliorer la productivité agricole au Cameroun, plus d’une vingtaine d’exploitations de multiplication de semences de maïs, de manioc, de haricots, d’ignames et de bananes plantains ont été créées par la Southwest Development Authority (SOWEDA) à Buea, en collaboration avec les organisations paysannes locales. Ces exploitations assurent un approvisionnement fiable en semences résistantes et à un coût abordable aux petits exploitants. En 2017, plus de 70 000 tonnes de semences de maïs, 20 000 tonnes de semences de haricots et 15 000 tonnes de fragments d’ignames ont ainsi été distribuées. Depuis le lancement du projet en 2014, 63 groupements agricoles de la région du Sud-Ouest, comptant plus de 70 000 membres, en ont bénéficié. 

Les graves sécheresses qui ont eu lieu entre 2012 et 2015 ont diminué la disponibilité en semences de qualité et fait grimper leur prix. Le prix des semences de tomates, par exemple, a quadruplé, atteignant 240 € (160 000 FCFA) pour un conteneur de 5 litres. Les agriculteurs qui ont rejoint un groupe d’initiative commune de la SOWEDA peuvent en revanche en obtenir au début de chaque année au prix de 75 € (50 000 CFA) pour 5 litres. Ils reçoivent aussi des intrants gratuits. “Nous pouvions parfois nous procurer des semences de qualité auprès des centres de recherche agricole, mais à des prix trois fois plus élevés que ceux des exploitations de multiplication semencière aujourd’hui”, explique Julius Takem, producteur de manioc à Buea.  

Depuis 2014, Adolph Njokwe, petit producteur de maïs, utilise la variété améliorée SOWEDA, qui arrive à maturité en 90-100 jours, contre 130-150 jours pour la variété traditionnelle. Depuis, le rendement de ses terres agricoles de 1,6 hectare est passé de 3,5 à 8 tonnes. D’après Divine Nkeng, un autre agriculteur, “les semences assurent un bon rendement même pendant les périodes de sécheresse, ce qui n’était pas le cas de celles que nous utilisions auparavant”. Selon le gouvernement, plus de 30 000 petits exploitants de la région du Sud-Ouest ont ainsi augmenté leurs revenus de 25 % grâce à l’augmentation de la production. 

Les représentants de la SOWEDA reconnaissent que le programme est confronté à certaines difficultés. “Pour lutter contre l’aggravation de l’insécurité alimentaire, nous devons absolument trouver des partenaires qui soutiendront la création et la diversification des possibilités de multiplication semencière au Cameroun”, explique Samuel Tangu, responsable du projet de soutien à l’autonomisation économique et à la sécurité alimentaire dans l’est du pays. Les exploitations de multiplication semencière couvrent déjà les six divisions de la région du Sud-Ouest et elles vendent à présent leurs semences aux agriculteurs d’autres régions. “Nous nous réjouissons de l’augmentation du nombre d’exploitations de multiplication semencière, car les agriculteurs d’autres régions du pays s’intéressent de plus en plus aux semences à haut rendement”, souligne Christopher Ekungwe, délégué à l’agriculture et au développement rural pour la région du Sud-Ouest.

Elias Ntungwe

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