Valorisation : Exploiter le manioc

Une technique de traitement du manioc permet de transformer les épluchures en aliments pour animaux riches en nutriments, créant de nouveaux marchés pour le secteur de l’élevage au Nigeria. Deux organisations locales se sont associées et utilisent à présent cette technologie pour réduire les coûts de l’alimentation animale et offrir aux femmes un emploi stable.

Transformation des épluchures de manioc en alimentation animale © Iheanacho Okike ILRI

Une technique de transformation des épluchures de manioc frais en produits d’alimentation animale de qualité a été développée au Nigeria. Des chercheurs sont parvenus à réduire le temps nécessaire pour sécher ces épluchures abondantes et bon marché de trois à un jour, voire à six heures dans certains cas. Le mélange sec qui en résulte est aéré, séché au soleil et trié en fonction de différents calibres pour l’alimentation d’animaux comme les ruminants ou la volaille. Grâce à cette technique mise au point par l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI), environ 50 millions de tonnes d’épluchures actuellement gaspillées chaque année pourront être transformées en un produit d’alimentation animale commercialisable, avec à la clé quelque 100 000 emplois potentiellement créés.

Au Nigeria, près de 3 millions de ménages (85 % de femmes) produisent chaque année 50 millions de tonnes de manioc, ce qui génère aussi environ 14 millions de tonnes de sous-produits, notamment des épluchures et des tubercules trop petits, qui sont jetés. Le séchage et calibrage des épluchures fournit une source prête-à-l’emploi et durable de fourrage et pourrait aussi améliorer les revenus des femmes en Afrique de l’Ouest.  

La demande en aliments pour animaux à base d’épluchures de manioc a été stimulée au Nigeria grâce à de multiples essais qui ont mis en évidence la qualité nutritive des produits. Fort de ces résultats prometteurs, Niji Foods, une entreprise de transformation du manioc qui a participé à ces essais, installe actuellement trois unités de transformation d’épluchures de manioc. En partenariat avec l’ILRI, Niji Foods formera 750 personnes, femmes et hommes, à la transformation des épluchures de manioc et à la gestion d’entreprise, avec, à la clé, la création d’emplois à long terme. L’organisation confiera en outre une partie de la propriété à au moins trois groupes de femmes. Le directeur de programme à l’ILRI, le Dr Acho Okike, explique : “Ce produit, actuellement considéré comme un déchet, coûtera, à poids égal, deux fois moins cher que le maïs, une réelle charge économique en moins pour le secteur de l’alimentation animale.” M. Okike poursuit en expliquant que ce nouveau processus “pourrait permettre de dégager environ 2 millions de tonnes de maïs pour la consommation humaine, ce qui contribuera à renforcer les efforts nationaux pour la sécurité alimentaire”.

Au Cameroun, un forum régional de pays d’Afrique centrale a été mis en place afin de faciliter le dialogue et les échanges sur la valorisation de la culture du manioc. Le forum biennal organisé par le CTA et la Plateforme sous-régionale des organisations paysannes d’Afrique centrale vise à réunir les acteurs et institutions concernés par la chaîne de valeur du manioc pour examiner les défis et les opportunités liés à la culture de manioc. Vincent Fautrel, coordinateur senior du programme “Chaînes de valeur agricoles” au CTA, explique : “Le manioc a longtemps été associé à la pauvreté rurale alors qu’il peut être un réel outil de transformation économique.” Il appelle ainsi la région à investir davantage dans cette culture qui a permis d’augmenter la production agricole au Ghana et au Nigeria.  

Cinq cent soixante-trois parcours agronomiques – au Nigeria et en Tanzanie – ont été réalisés par l’African Cassava Agronomy Initiative (ACAI) afin de résoudre des questions en rapport avec les engrais à recommander, les meilleures techniques de plantation et la culture intercalaire, afin de permettre la culture du manioc pendant toute l’année. À l’aide des résultats de ces parcours, les chercheurs s’emploient à mettre au point des outils d’aide à la décision afin d’améliorer les rendements du manioc et les moyens d’existence des petits producteurs. Le projet de l’ACAI entend formuler des recommandations qui pourraient être adoptées à grande échelle sur le continent.

Sophie Reeve

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.