Innovation alimentaire : Au Belize, des débouchés commerciaux pour le curcuma sauvage

Dans le district de Toledo, les agriculteurs se voient payer leur curcuma trois fois plus que le prix moyen par une entreprise de transformation locale qui produit une pâte de curcuma “sauvage” à partir des racines.

Les agriculteurs du Belize ont recours à un modèle de production favorisant la biodiversité pour cultiver des racines de curcuma, lequel est ensuite transformé en pâte. © Virginie Goudreault

Au Belize, plus de 350 cultivateurs de curcuma se sont enregistrés auprès de l’entreprise agricole sociale Naledo Belize Ltd, à qui ils fournissent des racines de curcuma entières, qui sont transformées en pâte Truly Turmeric.

Le curcuma pousse à l’état sauvage et est cultivé dans des forêts ou avec d’autres espèces. Ce modèle de production favorisant la biodiversité permet aussi une culture durable et une agriculture régénératrice. Pour optimiser la production, les cultivateurs ont été formés par l’entreprise à replanter les petits rhizomes (des tiges souterraines), à réduire la contamination par les herbicides et pesticides, à nettoyer les racines et à récolter la partie principale de la racine. Le rendement du curcuma s’élève à plus de 4 500 kg par demi-hectare et la plante présente un cycle de croissance rapide de neuf mois. Elle était autrefois produite en petite quantité dans le pays, avant d’être transformée manuellement en poudre pour la consommation locale. Désormais, les agriculteurs enregistrés chez Naledo en produisent plus de 9 000 kg par mois.

En 2014, Umeeda Switlo, PDG de Naledo, a découvert que les racines du curcuma bélizien – Curcuma longa–étaient plus grandes que celles d’autres espèces. Après avoir vérifié qu’elles ne contenaient aucun agent pathogène ou métal lourd, elle a commencé à les transformer en pâte de curcuma dans sa cuisine, au Canada. Umeeda Switlo a aussi découvert que le curcuma bélizien possédait d’autres bienfaits nutritifs : alors que la plupart des espèces ne contiennent que 2 % de curcuminoïdes – un composant avec de puissantes vertus anti-inflammatoires –, la variété bélizienne en contient 7,6 %. 

La pâte Truly Turmeric contient du jus de citron vert fraîchement pressé, de l’huile de coco pressée à froid et du sel marin. “Ce produit est unique sur le marché. Avec ce produit ‘sauvage’, nous sommes une étape au-dessus de l’agriculture bio puisque les racines poussent dans la nature sans aucun intrant agricole”, explique Umeeda Switlo, très attachée à la réduction de l’impact environnemental. “Nous produisons très peu de déchets car nous transformons la racine avec sa peau et replantons les plus petits rhizomes. Nous travaillons aussi avec les agriculteurs pour nous assurer que les résidus ne soient pas rejetés dans les rivières lorsqu’ils nettoient les racines.”

C’est dans l’usine de Naledo, située à Punta Gorda, la capitale du district, qu’ont lieu toutes les activités de valorisation, de la mise en bouteille à l’étiquetage. L’usine emploie dix personnes de 18 à 31 ans, y compris des cadres, qui gagnent au moins le double du salaire minimum du Belize. Les employés de Naledo sont aussi formés aux affaires commerciales, à la comptabilité, à la sécurité alimentaire et à l’entrepreneuriat.  

Vendue dans 24 boutiques du Belize, la pâte Truly Turmerica fait partie des finalistes du concours SIAL Innovation 2018. Elle est exportée vers 650 points de vente canadiens, dont Whole Foods et Choices Markets. Naledo a trouvé un distributeur aux Bahamas et aimerait conquérir le reste des Caraïbes. En 2019, l’entreprise commencera à exporter vers les États-Unis et présentera cinq nouvelles boissons à base de curcuma bélizien.

Natalie Dookie

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