Communication : au Sénégal, la radio promeut hygiène et bonnes pratiques alimentaires

Des spots diffusés par des radios locales et des visites de terrain ont convaincu les populations sénégalaises de zones rurales de changer certaines habitudes alimentaires et d’hygiène. Depuis, les enfants sont moins souvent malades et les familles génèrent de meilleurs revenus.

Des agents de santé communautaires ont été formés par dans le cadre du programme  SPRING afin de véhiculer les messages liés à la nutrition. © Itunu Kuku

Quand il est devenu difficile de nourrir ses sept enfants et quatre petits-enfants, Thiane Dramé a décidé qu’il était temps, dans son village de la région de Kaolack, au Sénégal, de cultiver ses propres fruits et légumes. “Mon plus jeune petit-fils était tout le temps malade”, explique-t-elle. “Dès que j’ai appris que la patate douce à chair orange est une plante nutritive qui prévient l’anémie chez les femmes enceintes, améliore le lait maternel et permet aux enfants de grandir en bonne santé, je n’ai pas hésité [à en planter].” Thiane Dramé a en effet été formée à la culture de légumes nutritifs afin de varier l’alimentation de sa famille, en se rapprochant du programme SPRING (Renforcement des partenariats, résultats et innovations en nutrition à l’échelle globale) de l’agence USAID.

Entre 2015 et 2017, SPRING a permis, dans trois régions du Sénégal (Kaolack, Fatick et Kaffrine), d’améliorer la nutrition infantile et maternelle, principalement via la formation des femmes à de meilleures pratiques liées à la nutrition et l’hygiène, ainsi que la diffusion de messages à la radio, de loin le média le plus populaire dans les zones rurales. Pas moins de 14 280 spots ont été diffusés et environ 30 émissions ont été consacrées à différentes thématiques liées à la nutrition sur six radios partenaires. Diffusés dans les langues locales, ces programmes ont insisté sur des mesures d’hygiène simples, comme le lavage des mains au robinet et au savon et non pas dans une bassine commune, ou bien l’importance de l’allaitement exclusif pour les enfants de moins de 6 mois, “très problématique dans la mesure où beaucoup pensent qu’il faut aussi donner de l’eau aux bébés”, explique le responsable de SPRING Robert de Wolfe. L’eau n’étant pas toujours potable, les nourrissons tombent souvent malades.

“Ma fille de 5 ans répète un spot à longueur de journée et c’est ce qui a attiré mon attention sur ce message”, explique une villageoise de la région de Kaffrine. “Maintenant, je comprends que tout ce dont a besoin l’enfant jusqu’à 6 mois pour sa nutrition est contenu dans le lait maternel et que l’allaitement maternel exclusif le préserve des petites maladies. La prochaine fois que j’aurai un bébé, c’est ce que je vais pratiquer.”

En s’appuyant sur les autorités nationales et des ONG locales et régionales, le programme a promu de bonnes pratiques d’hygiène et de nutrition auprès de 430 000 femmes, surtout via la radio et un contact direct avec 7 500 foyers. Par ailleurs, plus de 500 personnes travaillant pour les organisations partenaires ont été formées à fournir des conseils en nutrition. Comme Thiane Dramé, les femmes sénégalaises ont ainsi appris à cultiver du maïs et du mil biofortifiés, des carottes, des haricots niébé et de la patate douce à chair orange.

Très souvent, un manque d’accès à une alimentation nutritive et abordable ainsi qu’une mauvaise hygiène empêchent le bon développement des enfants, compromettant ainsi leur réussite à l’école et, plus tard, leur accès à l’emploi. Dans les zones rurales, à peine 7 % des enfants âgés de 6 à 23 mois bénéficient d’un régime alimentaire minimum acceptable, d’après des statistiques nationales. De plus, environ 20 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique.

De son côté, Thiane Dramé vit mieux. Comme d’autres, avec les revenus générés par le surplus de légumes qu’elle produit et l’élevage de poulets de son groupe de femmes, elle peut aussi s’offrir de la viande, du poisson et des œufs. Sa famille bénéficie ainsi d’une alimentation plus variée. “Mon petit-fils n’est plus autant malade, donc nous n’avons plus les mêmes dépenses de santé qu’auparavant”, se réjouit-elle. Dorénavant, elle fait profiter son entourage de son expérience. “Dans ma communauté, toutes les femmes ont commencé leur propre potager et au-delà d’elles, j’invite les autres femmes à faire de même.”

Vincent Defait

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.