Farine Misola : au Mali, des bouillies “améliorées” contre la malnutrition

Des agriculteurs et transformateurs maliens collaborent pour produire la farine Misola, conçue pour lutter contre la malnutrition modérée et aiguë chez les enfants et les adultes.

Le petit mil est l’un des ingrédients de la farine Misola acheté directement aux agriculteurs. © Misola Association

Composée de petit mil (60 %), de soja (20 %) et d'arachide (10 %) achetés directement auprès d’agriculteurs choisis pour la qualité de leur production, la farine Misola est devenue un aliment incontournable dans la lutte contre la malnutrition au Mali, en particulier pour les enfants âgés de 6 à 60 mois et les femmes enceintes et allaitantes.

Les céréales et les légumineuses, qui constituent les ingrédients de base de cette farine, sont produites par les agriculteurs locaux auprès desquels dix-neuf unités de production artisanales (UPA) se ravitaillent. Les vitamines et minéraux, qui permettent de mieux répondre aux carences alimentaires, sont importés. Enfin, l'ajout d’amylase – une enzyme digestive qui aide le corps à transformer les carbohydrates en sucres – permet d’obtenir des bouillies trois fois plus énergétiques que les bouillies habituelles.

Selon le médecin Moulaye Sangaré, qui a suivi l’usage de la farine depuis son lancement au Mali, “l’impact positif sur la santé des enfants de la farine Misola peut être rapidement visible. De nombreuses études ont démontré son efficacité”. Comme celle publiée en 2012 dans le Journal of Nutrition and Metabolism montrant que des enfants atteints de malnutrition sévère affichaient des scores “poids-taille” normaux après huit semaines de consommation de Misola. “La bouillie faite à partir de la farine permet une transition nutritionnelle entre le lait maternel et la nourriture solide traditionnelle”, complète Fernand Rolet, coprésident de l’association Misola, à l’origine de la farine.

Consommatrice régulière de Misola, Safiatou Coulibaly, 24 ans, ne tarit pas d'éloges : “La farine Misola n'est pas faite seulement pour les enfants. J’en consommais régulièrement quand je souffrais de malnutrition. Même maintenant, je continue d’en acheter plusieurs fois dans l'année.” Un sachet de 500 grammes coûte 400 FCFA (0,60 €) et peut servir à plusieurs repas.

Les UPA, souvent constituées de femmes, s’engagent à respecter des critères de qualité de la farine et à dispenser des formations pour une meilleure appropriation du produit par les populations. Regroupées au sein d’une fédération, les UPA sont composées d’agents chargés de promouvoir le produit auprès des pharmacies et des magasins d’alimentation. Ils font aussi des démonstrations culinaires dans les centres de santé. Des tests en laboratoire sont régulièrement effectués afin de garantir la qualité nutritive de la farine.

D’après le PAM, en 2016, environ 2,5 millions de Maliens étaient en situation d’insécurité alimentaire, dont 315 000 en situation d’insécurité alimentaire sévère pendant la période de soudure. Près d’un tiers des enfants de moins de cinq ans sont affectés par le rachitisme. Des organisations comme le PAM, l’UNICEF, Save the Children ou Care commandent régulièrement de la farine aux UPA. En 2016, le Mali en a produit 600 tonnes.

Créée au Burkina Faso en 1982 par l’association française Misola, la farine est préparée, commercialisée et consommée dans neuf pays d’Afrique de l’Ouest et centrale : Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée Conakry, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad. En 2016, l’association Misola a signé un contrat de franchise avec une entreprise au Nigeria – Acouns Nigeria Limited – afin de produire et commercialiser la farine dans le pays le plus peuplé d’Afrique.

Soumaila Diarra

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.