Niger : “L’emprise” des agropasteurs sur leur environnement

Au Niger, un accès quotidien à des informations climatiques fiables, accessibles sur des téléphones portables solaires, des radios et des pluviomètres, permet aux populations semi-nomades de tirer un meilleur profit des ressources naturelles.

L'accès à des prévisions météorologiques aide les éleveurs nigériens à améliorer leur résilience. © Thomson Reuters Foundation/Kieran Guilbert

Dans la mosquée du village de Tokobinkani, à une trentaine de kilomètres de Niamey, les habitants écoutent les explications du formateur de l’Association pour la redynamisation de l’élevage au Niger (AREN) sur les prévisions saisonnières de l’année.

“En raison des incertitudes qui caractérisent les saisons, nous avons toujours pratiqué l’agriculture et l’élevage dans l’ignorance”, explique Boubé Amadou, un agropasteur. “Nous ne savons pas si l’hivernage sera précoce ou tardif, si les pluies seront abondantes et bien réparties ou s’il y aura suffisamment de pâturage et d’eau pour la survie du bétail.” Cette incertitude a pu, dans le passé, créer des difficultés de gestion des ressources avec les populations sédentaires en raison des fréquentes sécheresses qui frappent le pays.

Depuis le démarrage, en avril 2015, des activités de BRACED-PRESENCES – Projet de résilience face aux chocs environnementaux et sociaux au Niger – au profit de 304 000 personnes vulnérables de la région de Tillabéri, les agropasteurs ont les moyens de mieux s’adapter aux variations climatiques. Étalé sur trois ans, ce programme financé par le département britannique en charge du développement international (DFID) couvre 13 pays en Asie, au Sahel et en Afrique de l’Est. Au Niger, le projet vise, entre autres, à améliorer la qualité des données climatiques et leur accès pour les populations agropastorales.

Manzo Issoufou, expert en pastoralisme à AREN, explique : “Les informations climatiques sont collectées auprès de la Direction nationale de la météorologie et l’Agrhymet (NDLR : une branche du Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel – CILSS), puis agencées dans un format compréhensible par les agropasteurs qui s’en servent pour prendre des décisions utiles et à temps.”

Dans chaque village, des kits composés de radios, de téléphones mobiles solaires et de pluviomètres sont mis à disposition d’un comité qui peut accéder quotidiennement aux prévisions pluviométriques et informer les communautés.

Manzo Issoufou précise : “L’introduction de ces technologies, innovation majeure du projet, a contribué à améliorer la production agricole, le bien-être du bétail, et à l’atténuation des conflits autour de la gestion des ressources naturelles dans les zones ciblées.”

Pour Mme Issoufou Ouma Kaltoume, gestionnaire de connaissances et apprentissages à l’ONG CARE International Niger, “ce système d'information climatique permet de diffuser des données sur les aléas météorologiques afin de contribuer à l’adoption de telle ou telle autre stratégie par les producteurs ruraux dans un contexte de variabilité climatique”. Les agropasteurs savent désormais à quel moment amener le bétail en transhumance, quand semer et quel type de semences utiliser en fonction de la tendance de l’hivernage.

Abdourahamane Salifou, un autre agropasteur, confirme le changement, en particulier concernant la transhumance : “Avant, cela se faisait sur la base de connaissances empiriques avec de gros risques sur le parcours”, dit-il. Comme d’autres, il a reçu des formations dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et de la gestion durable des ressources naturelles. Il poursuit : “Grâce aux informations sur les tendances saisonnières mises à notre disposition, nous avons aujourd’hui une certaine emprise sur notre environnement.”

Beaucoup de ces agropasteurs réclament désormais l’extension du projet aux pays voisins où il leur arrive de se rendre avec leur bétail.

Ousseini Issa

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.