Séchage du poisson : L’énergie solaire contre le gaspillage

Les communautés de pêcheurs du Cameroun, du Cabo Verde et du Malawi profitent du séchage solaire et de systèmes de stockage à l’énergie solaire pour mieux conserver le poisson. Ces nouvelles technologies permettent aux transformateurs de poisson de produire de la haute qualité, tout en augmentant leurs revenus, et réduisant les dégâts sur l’environnement.

La “tente solaire”, pour sécher le poisson du lac Malawi © M. Magalasi

Un nouveau système de séchage du poisson, en forme de “tente solaire”, diminuant considérablement le nombre de poissons perdus au cours du séchage, est actuellement testé par les transformatrices de poisson du lac Malawi. Les scientifiques estiment qu’aujourd’hui quatre poissons sur dix pêchés dans le lac Malawi sont perdus au cours du processus de séchage traditionnel, en raison de l’humidité, de la poussière, des insectes ou des animaux. Ce dispositif solaire de séchage, construit à partir d’un cadre de bois recouvert d’une épaisse bâche transparente en polyéthylène, ressemble beaucoup à une ombrière utilisée pour faire pousser des fleurs ou des cultures.

Des chercheurs de l’université du Malawi et du département de la pêche sont à pied d’œuvre sur cinq sites du lac Malawi pour améliorer le processus de transformation du poisson sur une période de 30 mois. Ce nouveau dispositif permet de produire du poisson séché de qualité et de le vendre aux supermarchés avec une marge bénéficiaire plus intéressante. Pelina Bande, transformatrice de poisson à Cape Maclear, est l’une des premières à l’avoir testé. “Il est facile d’emploi, car on y est à l’ombre, contrairement au mien. Et je peux tourner le poisson sans problème.”

Une fois que l’usage de la tente se sera généralisé, l’équipe de recherche pourra savoir si son utilisation, en lieu et place du séchage en plein air, est financièrement rentable et quelle taille doit avoir la tente pour garantir les bénéfices les plus élevés. Garantir l’accessibilité financière et la rentabilité des tentes pour les transformateurs et d’autres entrepreneurs est une autre priorité du projet. Ce travail, qui se poursuivra jusqu’en avril 2017, bénéficie du soutien de Cultivate Africa’s Future Fund, une initiative financée conjointement par le Centre de recherches pour le développement international du Canada et le Centre australien pour la recherche agricole internationale.

À Limbe, au sud-ouest du Cameroun, plus de 2 000 pêcheurs utilisent des fours de séchage et des réfrigérateurs à énergie solaire pour la transformation du poisson. En 2015, sept associations de pêcheurs des villages de Batoke et Idenau se sont vu offrir chacune deux fours à énergie solaire et 30 réfrigérateurs par la société de conseil African Resource Group-Cameroon, qui travaille en association avec des conseils locaux.

Par le passé, de fréquentes coupures d’électricité avaient été à l’origine de pertes très importantes durant les processus de fumage. L’utilisation des technologies solaires a toutefois permis à un grand nombre de travailleurs du secteur d’améliorer leurs revenus, passés de moins de 38 à 60 € par jour. L’énergie solaire a également réduit les risques pour la santé associés au fumage du poisson, et contribué à prévenir la destruction des mangroves. Les technologies de préservation du poisson s’inscrivent dans un projet visant à garantir un approvisionnement en électricité fiable et abordable à environ 4 000 ménages et plus de 2 000 acteurs du secteur dans les villages côtiers.

Au Cabo Verde, un projet d’énergie solaire financé par l’UE est en train de changer la vie du village de pêcheurs de Monte Trigo, sur l’île de Santo Antão. Une centrale photovoltaïque lancée en 2012 assure un approvisionnement continu en électricité dans les foyers et les institutions communautaires. L’énergie excédentaire est utilisée pour fabriquer de la glace et est vendue aux pêcheurs des villages. En mai 2016, la production de glace a atteint la tonne et représentait 5 % de la totalité de l’énergie solaire utilisée. La pêche est la première activité économique de l’île. Avant, les pêcheurs devaient naviguer durant cinq heures pour acheter de la glace dans la capitale Praia. La chambre froide solaire a amélioré les conditions de travail des villageois, ainsi que leurs bénéfices.

Mike Davison & Elias Ntungwe

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.