Dossier

Agriculture climato-intelligente

Alors que les effets du changement climatique menacent de plus en plus la sécurité alimentaire mondiale, les initiatives visant à étendre l’adoption de pratiques agricoles adaptées commencent à gagner du terrain.

Le Dr Nkulumo Zinyengere est responsable de projet et de la recherche chez SouthSouthNorth, qui gère le programme Afrique de l’Alliance pour le climat et le développement (CDKN). © Nkulumo Zinyengere
Le Dr Nkulumo Zinyengere est responsable de projet et de la recherche chez SouthSouthNorth, qui gère le programme Afrique de l’Alliance pour le climat et le développement (CDKN). © Nkulumo Zinyengere

mardi 8 août 2017

Quels sont les principaux défis liés à la mise en œuvre de l’agriculture climato-intelligente (ACI) en Afrique australe ?  Quels sont  les acteurs clés  pour surmonter ces obstacles ? Les réponses du Docteur Nkulumo Zinyengere.

Quelles sont les principales actions possibles pour promouvoir l’ACI et les solutions à encourager et à diffuser afin que les petits exploitants en bénéficient?  

L’imminence de la menace que le changement climatique fait peser sur l’agriculture exige des efforts en vue d’encourager et de diffuser des solutions d’ACI concrètement prometteuses. Ce processus peut être accéléré par les activités suivantes. 

Sensibiliser au changement climatique et à l’utilité de l’ACI. Cette sensibilisation doit guider toute intervention précoce étant donné que les efforts d’adaptation intelligente au changement climatique ne pourront porter leurs fruits et être ciblés sans une sensibilisation à l’ACI et la conviction de son efficacité. La sensibilisation peut aussi aboutir aux changements de mentalités nécessaires pour surmonter les obstacles culturels qui continuent à empêcher une adoption à grande échelle des technologies et des méthodes d’ACI.  

Améliorer l’accessibilité et l’accès financier aux intrants et aux technologies afin que les petits agriculteurs puissent facilement appliquer les pratiques d’ACI. Il y a donc lieu d’octroyer des subventions, d’éliminer ou de réduire les droits d’importation frappant les intrants et technologies clés, et d’améliorer les transports et la communication, ainsi que l’accès au financement et au crédit.  

Une plus grande visibilité des femmes et des communautés agricoles marginalisées permettra de supprimer les obstacles liés à la répartition traditionnelle des rôles entre les sexes, tout en optimisant l’organisation des femmes et des communautés marginalisées d’une manière générale. Cette mesure améliorera l’accès aux terres, à l’éducation, aux services de vulgarisation agricole, aux processus décisionnels et politiques, etc., qui sont autant d’aspects essentiels à la réussite de la transition vers les systèmes d’ACI.  

Le nouveau projet phare du CTA en Afrique australe se concentrera sur l’offre de services d’informations climatiques basée sur les TIC. Comment les informations climatiques et les technologies connexes soutiennent-elles l’ACI ?  

L’information est un outil efficace de changement et de promotion de l’adaptation au changement climatique dans le secteur de l’agriculture. Pourtant, les petits agriculteurs d’Afrique australe n’ont pas accès aux informations climatiques et agricoles. Et lorsqu’ils y ont accès, les informations ne sont pas adaptées, communiquées en temps utile ou présentées de façon à être facilement compréhensibles et exploitables. La diffusion d’informations par différents canaux – radio, télévision et téléphones portables – améliorera les réponses des agriculteurs au changement climatique – par exemple le “calendrier” des activités agricoles (la plantation, l’utilisation d’intrants…) – et les aidera à avoir accès aux marchés en obtenant le meilleur prix pour leurs produits, intrants, etc. Cela se traduira par une augmentation de la productivité et des bénéfices des agriculteurs, ce qui renforcera leur résilience.  

Comment les responsables politiques et les institutions peuvent-ils mieux soutenir l’ACI en Afrique australe ?  

Dans la plupart des pays d’Afrique australe, le contexte politique actuel n’encourage pas les agriculteurs à adopter facilement des pratiques d’ACI. Ainsi, les systèmes de propriété foncière découragent les investissements nécessaires à une adaptation à long terme. En outre, des politiques non appropriées et la faiblesse des institutions entraînent régulièrement l’adoption de pratiques agricoles non durables. Les responsables politiques doivent soutenir l’ACI par le biais de politiques délibérées, cohérentes et stables en faveur des pratiques agricoles durables, éliminer les bureaucraties inefficaces et intégrer l’adaptation au changement climatique dans les programmes nationaux de développement.  

En mettant en place des structures publiques en faveur de l’ACI, les responsables politiques peuvent soutenir l’agriculture intelligente face au climat. Ces structures peuvent en effet permettre le bon fonctionnement des services de vulgarisation et des facilités de financement et de crédit, assurer une répartition équitable des ressources (par exemple les terres) et la protection des droits des femmes et des petits agriculteurs marginalisés. Les responsables politiques doivent aussi chercher à harmoniser les politiques et les programmes sectoriels, car l’agriculture a tout à gagner du soutien d’autres secteurs, comme l’eau et l’énergie.  

Pourquoi est-il important d’inciter le secteur privé à investir dans des solutions d’ACI pour relever les défis agricoles et de sécurité alimentaire futurs de la région ?  

Le secteur privé est un acteur clé de la chaîne de valeur agricole et il ne peut donc être négligé. Pour développer des chaînes de valeur agricoles durables et intelligentes face au climat, il y a lieu de renforcer le rôle de ces acteurs privés dans l’agriculture de façon à ce qu’ils soutiennent l’adoption et la diffusion de l’ACI. Le contexte réglementaire et politique dans la région devra reconnaître, promouvoir et encourager les partenariats avec les acteurs privés en créant un climat favorable à l’activité agricole et en limitant les risques liés aux investissements, en particulier ceux inhérents aux  petites exploitations agricoles. Il faudra donc mettre en place des politiques et des infrastructures qui permettent d’offrir des services centrés sur les petits exploitants, comme les TIC, le financement et le crédit, le transport (pour l’accès aux marchés), le stockage et la transformation postrécolte, l’assurance, etc.  

Le CDKN est associé à diverses initiatives d’ACI en Afrique australe. Lesquelles vous intéressent le plus ?  

Je suis particulièrement enthousiaste à propos du programme Future Climate for Africa – un projet de recherche mis en œuvre par un consortium à grande échelle sur le continent africain, notamment dans divers pays d’Afrique australe comme le Malawi et la Tanzanie. Il vise à accroître l’utilisation de la climatologie et des informations climatiques dans la prise de décision et la planification. Le programme est particulièrement prometteur car il permet de tirer des enseignements pour la promotion de l’ACI en Afrique australe. Le programme vise  en effet à s’assurer que les résultats de la recherche soient intégrés dans les politiques, la planification et la pratique.

Stephanie Lynch

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