Dossier

L'agriculture urbaine, la clé des champs

Les initiatives de micro-jardins et d’agriculture urbaine aident à répondre à la pression grandissante sur la sécurité alimentaire en Afrique dans un contexte de démographie urbaine en forte hausse.

Le Dr Esther Ngumbi est le mentor de la Clinton Global Initiative University pour l’agriculture pour 2017 et la responsable de la sécurité alimentaire pour 2015 pour l’association New Voices de l’Institut Aspen à Washington, DC. © Jerri Caldwell Hammonds
Le Dr Esther Ngumbi est le mentor de la Clinton Global Initiative University pour l’agriculture pour 2017 et la responsable de la sécurité alimentaire pour 2015 pour l’association New Voices de l’Institut Aspen à Washington, DC. © Jerri Caldwell Hammonds

mercredi 30 août 2017

Le Dr Esther Ngumbi, chercheur postdoctoral à l’Université d’Auburn en Alabama, se passionne pour les perspectives qu’offre l’agriculture urbaine (AU) pour nourrir les villes d’Afrique. Elle défend avec ferveur l’agriculture verticale, parmi d’autres approches et technologies innovantes d’agriculture urbaine.

La pression s’accroît sur la sécurité alimentaire africaine en raison de la croissance démographique et de l’urbanisation rapide. Quelles sont les innovations technologiques les plus prometteuses pour améliorer la sécurité alimentaire dans les zones urbaines ?

Les technologies telles que les fermes verticales, les serres d’intérieur et l’agriculture en milieu contrôlé en général sont des innovations prometteuses qui peuvent être lancées dans les villes africaines pour contribuer à y assurer et améliorer la sécurité alimentaire. Ces innovations doivent être durables et autosuffisantes sur le plan de l’énergie et de l’eau. Surtout, elles doivent être propres au continent africain et adaptées aux possibilités et ressources locales.

Quels sont les principaux obstacles auxquels sont confrontés les agriculteurs urbains lorsqu’ils adoptent l’agriculture verticale et comment peuvent-ils les surmonter ?

Une ferme verticale dynamique alimentant toute l’année les citadins nécessite une source d’énergie fiable. De nombreuses villes africaines connaissent de fréquentes pannes de courant. Les entrepreneurs qui se lancent dans l’agriculture urbaine devraient envisager de diversifier leurs sources d’énergie en investissant dans l’énergie solaire et d’autres approvisionnements énergétiques renouvelables. Il faudra certainement mener des recherches supplémentaires pour trouver les sources d’énergie durables et fiables qui pourront alimenter ces nouvelles formes de maraîchage urbain.

La difficulté d’acquérir suffisamment de terres limite aussi potentiellement les entrepreneurs qui souhaitent prendre part à cette mutation vers une agriculture verticale. La plus grande partie des terres autour des villes africaines appartenant aux États, leurs gouvernements doivent réserver des superficies qui ne seront utilisées que pour l’agriculture urbaine. Ils devraient parallèlement s’efforcer de fournir les infrastructures nécessaires pour garantir la prospérité de ces fermes urbaines. Il faut par exemple assurer une alimentation en eau à usage agricole, des sources d’énergie fiables, des services de compostage et d’autres intrants pour permettre à ceux qui se lancent dans l’agriculture urbaine de réussir.

Pensez à la cité technologique de Konza qui a été soutenue par le gouvernement kényan. Celui-ci a réservé 2 000 ha de terres à 64 km au sud de Nairobi pour développer cette plateforme technologique unique. Et si maintenant le gouvernement kényan et la ville de Nairobi attribuaient des terres pour l’aménagement de la première cité agricole urbaine du Kenya ! Je rêve du jour où les villes africaines auront toutes leurs cités agricoles – des endroits où les technologies agricoles innovantes du XXIe siècle seraient à l’œuvre – peuplées de gratte-ciel dans lesquels pousseraient des aliments frais pour les citadins. Des endroits où les familles qui vivent dans les villes pourraient venir et développer un lien étroit avec ce qu’elles mangent.

L’agriculture urbaine exige une grande expertise technique et a un coût financier important. Comment l’accès à des formations, financements et marchés fiables pourrait-il être amélioré pour soutenir davantage de petits agriculteurs urbains ?

Je suis convaincue que les universités métropolitaines et les autres institutions de recherche et d’enseignement publiques et privées peuvent se montrer à la hauteur du défi que représente ce secteur émergent de l’agriculture urbaine. Mais il leur faut des fonds pour démarrer ou maintenir des programmes de recherche axés sur les agriculteurs urbains. Les gouvernements peuvent financer les programmes de recherche initiale mais il faudrait encourager les partenariats industrie-université. Des organisations comme la Banque mondiale et la Fondation Rockefeller peuvent aussi débloquer des fonds exclusivement consacrés au lancement d’initiatives efficaces d’agriculture urbaine dans les villes africaines. Je pense aussi que les structures de gouvernance des villes africaines, y compris les maires, devraient réserver des fonds spéciaux auxquels pourraient accéder les personnes souhaitant pratiquer l’agriculture urbaine.

En ce qui concerne les marchés, les gouvernements et les maires de ces villes peuvent modifier leurs politiques d’achat et faire en sorte que les universités, hôpitaux et écoles financés par l’État achètent la production alimentaire de ces agriculteurs urbains pour leur garantir un marché. Parallèlement, les agriculteurs urbains peuvent former des coopératives pour mieux s’équiper et remporter des appels d’offres pour la fourniture d’aliments frais aux supermarchés, magasins et restaurants urbains.

Comment les gouvernements doivent-ils travailler avec les intervenants du secteur industriel pour élaborer des politiques efficaces et durables qui soutiennent l’AU ?

Tous les acteurs de l’agriculture urbaine doivent se rassembler autour d’une même table. Des groupes de travail et des conférences peuvent réunir les acteurs concernés pour indiquer la voie à suivre et définir les politiques appropriées qu’il faut mettre en place. En septembre prochain, par exemple, se tiendra en Afrique du Sud une conférence qui réunira les acteurs et toutes les parties intéressés par la réussite du lancement de l’agriculture urbaine en Afrique. Cela n’est que le commencement et cette dynamique devrait continuer à s’accélérer.

Pour élaborer des politiques durables, les gouvernements devraient institutionnaliser l’agriculture urbaine et prendre les dispositions nécessaires pour lui permettre de prospérer. La création de services d’AU au sein des ministères de l’Agriculture ou de la Planification urbaine pourrait constituer un bon point de départ. En même temps, les responsables élus de la gouvernance des villes pourraient aussi mettre en place des conseils ou comités consultatifs pour l’agriculture urbaine, et des membres désignés ébaucher les politiques nécessaires.

L’Afrique n’a pas à partir de rien. L’agriculture urbaine existe déjà en Amérique du Nord, en Amérique latine, dans les Caraïbes et dans certaines villes asiatiques. Il est donc possible de s’inspirer des politiques efficaces qui ont marché dans ces régions et de les adapter aux villes africaines. En outre, s’il existe déjà des politiques en la matière, il faudrait constamment les réviser et améliorer pour continuer à stimuler le développement d’initiatives d’agriculture urbaine durables et prospères en Afrique.

Yassir Islam

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Faits et chiffres

Le Dr Esther Ngumbi est le mentor de la Clinton Global Initiative University pour l’agriculture pour 2017 et la responsable de la sécurité alimentaire pour 2015 pour l’association New Voices de l’Institut Aspen à Washington, DC. © Jerri Caldwell Hammonds

SOURCE: © Association for Vertical Farming, 2015

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.