Dossier

L'agriculture urbaine, la clé des champs

Les initiatives de micro-jardins et d’agriculture urbaine aident à répondre à la pression grandissante sur la sécurité alimentaire en Afrique dans un contexte de démographie urbaine en forte hausse.

Coumba Diop est horticultrice et formatrice dans l’un des 12 centres de formation à la micro-horticulture à Dakar. © Aurélie Fontaine
Coumba Diop est horticultrice et formatrice dans l’un des 12 centres de formation à la micro-horticulture à Dakar. © Aurélie Fontaine

lundi 28 août 2017

Dans la capitale sénégalaise, dont la population ne cesse d’augmenter, l’accès limité aux terres arables et à l’eau saine menace la sécurité alimentaire. En réponse, les autorités locales encouragent le micro-jardinage bio hors-sol. Avec succès.

Coumba Diop montre fièrement les variétés de menthe qu’elle fait pousser, hors-sol et sans intrants chimiques, sur des tables en bois. La jardinière cultive, suivant les mêmes techniques, des herbes aromatiques, des tomates, des carottes, des courgettes et de la laitue. “Tout ce que je cultive est bio”, dit-elle. “Mes acheteurs sont fidèles, car ils goûtent la différence entre mes légumes et ceux qu’ils trouvent au marché.”

C’est en 1999 que le micro-jardinage bio a été introduit à Dakar, une ville accueillant un quart de la population sénégalaise malgré le peu d’espace pour l’agriculture et un niveau d’insécurité alimentaire élevé. Le projet entrait dans le cadre d’une initiative soutenue par la FAO en collaboration avec le gouvernement du Sénégal, la municipalité de Dakar et plusieurs ONG. Depuis 2006, des fonds additionnels sont alloués au projet par le gouvernement italien et la ville de Milan, et des formations en culture maraîchère sont assurées par ACRA, une ONG italienne. La troisième phase du projet “micro-jardins”, qui a démarré en 2014, vise à mettre les horticulteurs en contact avec un marché mieux organisé.

Les micro-jardins permettent de produire des légumes et des herbes hors-sol sur des superficies réduites comme les toits, les balcons, les jardins et même des pneus et des petites boîtes recyclées installées sur des tables en bois. “Le Sénégal est le premier pays africain où nous avons introduit des micro-jardins. L’objectif est de diffuser et d’améliorer des techniques que les villes peuvent appliquer pour produire des plantes comestibles afin de répondre aux besoins des habitants”, explique Coumbaly Diaw, coordinatrice de la sous-région à la FAO pour les projets de micro-jardins.

Selon la FAO, un micro-jardin peut donner six cycles de récolte par an et produire ainsi 30 kg de tomates par an, 36 laitues tous les deux mois, 10 choux tous les trois mois et 100 oignons tous les quatre mois. Les familles qui ont des micro-jardins consomment entre 5 et 9 kg de légumes par mois, soit plus du double des familles qui ne participent pas au programme. “Beaucoup de familles, en particulier dans les banlieues, n’ont pas les moyens d’acheter suffisamment de nourriture pour couvrir leurs besoins”, indique Mamadou Danfakha, d’ACRA, qui forme les Dakarois à entretenir des micro-jardins. “Les jardins peuvent les aider à atteindre la sécurité alimentaire”, affirme-t-il. Par ailleurs, des études ont montré que les familles consomment environ 35 % des produits cultivés dans leurs micro-jardins et vendent le reste. Un micro-jardin de 10 m2 peut généralement rapporter 12 à 25 € par mois, mais certains micro-jardins ne font que 1 m2.

Coumba Diop est l’une des 10 000 personnes (4 000 familles) qui ont été formées à l’entretien d’un micro-jardin depuis le début de l’initiative ; 80 % des volontaires formés sont des femmes. Aux techniques de production horticole s’ajoute la formation à la récupération d’eau de pluie et aux pratiques de gestion des déchets ménagers. Par exemple, Coumba Diop produit son propre engrais par compostage avec des vers de terre (vermiculture) en mélangeant feuilles mortes, crottin de cheval, cendres, coquilles d’arachide et balles de riz. Les nuisibles sont contrôlés par des moyens non chimiques, notamment des pièges collants colorés, des filets anti-insectes et des cultures intercalaires avec des herbes aromatiques (basilic, persil et menthe) qui éloignent naturellement les insectes. Autre avantage, “les jardins hors sol ont un petit réservoir à eau et ne doivent donc être arrosés qu’une fois par jour, alors que les jardins conventionnels doivent l’être deux fois”, explique Coumba Diop.

Douze centres de formation et de démonstration ont été créés à Dakar pour former les habitants à la micro-horticulture. Ils y reçoivent des conseils sur les sources locales d’intrants – contenants, semences, substrats, techniques de compostage – et plus de 5 000 jardins sur table ont été distribués gratuitement aux participants. Coumba Diop est aujourd’hui formatrice et promotrice de la micro-horticulture et participe à des foires agricoles pour faire part de son expertise. “Je ne fais pas ce travail pour gagner de l’argent, dit-elle, mais je mange ce que je produis et je sais ce que je mange, et j’ai la chance de pouvoir poursuivre ma passion.” Elle reconnaît néanmoins que son entreprise lui fait gagner de l’argent et lui permet d’acheter moins de nourriture pour sa famille.

Malgré le succès et la prolifération des micro-jardins à Dakar au cours des 18 dernières années, selon ACRA, les ventes de légumes issus de la micro-horticulture représentent à peine 5 % de tous les légumes consommés à Dakar. Un potentiel de production et de consommation plus important est pourtant bien réel, surtout avec une volonté des responsables politiques de soutenir le secteur. “Ce programme de micro-jardins fait partie du plan de développement municipal, donc il n’y a pas de législation qui l’encadre”, précise Ndeye Ndack Mbodj, responsable municipal de la planification du développement durable à Dakar.

Les micro-jardins de Dakar étant un succès, l’initiative a été reproduite dans d’autres villes du continent, notamment au Burkina Faso, en Gambie et au Niger.

Aurélie Fontaine et Vincent Defait

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Faits et chiffres

Coumba Diop est horticultrice et formatrice dans l’un des 12 centres de formation à la micro-horticulture à Dakar. © Aurélie Fontaine

SOURCE: © Association for Vertical Farming, 2015

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