Opinion

Comment les réglementations sur les drones affectent-elles le développement agricole en Afrique ?

Cale Ettenberg

Réglementation des drones au Kenya : décollage imminent

Voici quelques mois, FarmDrive a eu le plaisir d’assister à la conférence Drones East Africa, qui s’est tenue à Nairobi. Parrainé en partie par l’Autorité kényane de l’aviation civile (KCAA), cet événement a montré que le secteur des véhicules aériens sans pilote (UAV) était convaincu que le Kenya figurerait bientôt parmi la poignée de pays dotés de lois spécifiques autorisant l’utilisation commerciale des UAV ou drones. Bien que les projets de loi attendent encore leur promulgation sous forme de réglementations, quiconque s’intéressant aux drones au Kenya attend fébrilement que ce travail de la KCAA acquière force de loi.

Chez FarmDrive, nous sommes impatients de voir ces projets de règlements devenir des lois. Nous croyons que l’accès aux données des UAV pourra stimuler l’innovation dans le secteur de l’agriculture, en particulier parmi les nombreux petits exploitants agricoles qui s’efforcent d’accroître l’efficience et l’utilité de leurs exploitations. Désireux d’aider ce type d’agriculteurs partout au Kenya, nous étudions de quelle façon les UAV pourraient soutenir notre travail en élargissant l’accès aux services financiers et aux données agricoles. L’accès à une imagerie multispectrale à haute résolution peut en effet largement améliorer la manière dont les assurances sont proposées aux petits exploitants agricoles, ce qui contribuerait à amortir les effets des aléas naturels, au-delà des capacités d’atténuation des agriculteurs. Pour nous, plus tôt nous pourrons utiliser les UAV en toute légalité, mieux ce sera.

Toutefois, nous sommes conscients des frictions générées entre la volonté de légaliser l’usage des UAV et les conséquences négatives susceptibles d’apparaître si l’on légifère dans la précipitation. La question de déterminer comment conserver l’autorité et la propriété sur un système qui est par nature décentralisé et difficile à contrôler doit donner bien du fil à retordre aux législateurs. L’une des grandes questions avec lesquelles ceux-ci sont aux prises est la formation des pilotes d’UAV. Il existe un risque réel de voir des utilisateurs inexpérimentés faire entrer en collision leurs appareils avec de malheureux passants ou des infrastructures.

Tirer parti du potentiel des UAV

Heureusement, les progrès de la technologie des drones rendent de moins en moins nécessaires les longues et onéreuses formations au pilotage. Aujourd’hui, les fonctions de vol autonome et d’évitement de collision sont comprises même dans les UAV les moins chers. Avec des technologies de batterie améliorées qui réduisent le poids – et donc le danger en cas d’impact –, ces appareils deviennent chaque jour de plus en plus faciles à piloter. Des formations complètes, mais non restrictives, pour les pilotes d’UAV constitueront un facteur important pour faire décoller l’économie des drones ici au Kenya. Un formidable potentiel s’offre pour les données et les emplois qui découleront de l’utilisation légalisée des UAV. La mise en place d’un système complet d’accréditation des pilotes d’UAV est une étape qui fera partie intégrante de ce processus. D’autres pays ont adopté une attitude plus rigoureuse en matière de formation des pilotes d’UAV, obligeant les candidats à suivre une formation similaire à celle des pilotes d’avion. Une telle approche demande beaucoup de temps et d’argent et dresse de nouveaux obstacles devant les entrepreneurs qui veulent travailler de façon innovante avec des UAV. Pis encore, elle risque d’étouffer un secteur naissant sans lui donner la chance de se développer.

Alors que la conférence Drones East Africa touchait à sa fin, un délégué a formulé un commentaire sur l’effet d’entraînement du timing : les pays d’Afrique de l’Est qui réglementent l’usage des UAV auront une longueur d’avance conséquente en accueillant l’inévitable vague de talents et d’investissements engendrée par les UAV légaux. En revanche, les pays qui préfèrent attendre et mener des débats exhaustifs sont voués à rester à la traîne. L’Autorité kényane de l’aviation civile a accompli un beau travail en rédigeant les projets de réglementations. J’espère de tout cœur que le gouvernement kényan reconnaîtra le potentiel offert à son pays par les UAV et agira sans tarder pour mettre en œuvre ces réglementations.

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Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.