Opinion

La digitalisation suffit-elle pour attirer les jeunes vers l'agriculture ?

John Agboola

La digitalisation agricole est l’outil idéal pour séduire les jeunes

La population mondiale devrait atteindre 9 milliards d’habitants d’ici 2050, dont près de 2 milliards en Afrique. La croissance démographique mondiale, en particulier en Afrique, devrait exploser avant qu’un système alimentaire capable de subvenir aux besoins de tous à tout moment n’ait été mis en place.

L’idée que l’Afrique assure sa propre subsistance alimentaire n’est pourtant pas farfelue : l’Afrique possède environ 65 % des terres cultivables non cultivées du monde ; le continent est caractérisé par la grande diversité de ses zones agroécologiques, qui vont d’une végétation de forêt tropicale dense à une végétation sèche-aride ; l’agriculture y représente environ 60 % des emplois ; et l’Afrique n’exploite que 2 % de ses ressources en eau renouvelables, contre 5 % à l’échelle mondiale. Le problème réside cependant dans le fait que les petits agriculteurs, âgés de 60 ans et plus, assurent plus de 80 % de la production agroalimentaire en Afrique, alors que la moitié de la population africaine a moins de 25 ans.

D’ici 2025, 330 millions de jeunes Africains devraient entrer sur le marché du travail. Il est donc nécessaire de mettre le chômage des jeunes en relation avec l’énorme potentiel de l’agriculture africaine. Les jeunes redoutent la pénibilité du travail agricole et considèrent l’agriculture comme un secteur d’emploi à faibles revenus. Ces dernières années, la digitalisation et les technologies agricoles ont toutefois amélioré la manière dont les denrées alimentaires sont produites. L’agriculture fondée sur les TIC fait progressivement évoluer les mentalités des jeunes et favorise l’émergence de jeunes entrepreneurs qui sont prêts à prendre des risques et à investir dans l’agriculture.

Les solutions et plateformes digitales, telles que les applications mobiles intelligentes, la technologie de télédétection, les big data, les cartes numériques des sols, les réseaux sociaux, la technologie de la blockchain, les drones, la technologie de précision et l’informatique dématérialisée (cloud computing), ont non seulement tendance à accroître la production alimentaire et l’efficacité des marchés, mais aussi à renforcer la participation des jeunes au secteur de l’agriculture. Au cours des dernières années, les entreprises du secteur privé et les organismes donateurs ont progressivement pris conscience du rôle que l’agriculture digitale peut jouer pour stimuler la croissance agricole au profit des petits exploitants et des jeunes actifs dans le secteur de l’agriculture. Des applications mobiles et des solutions peu techniques ont été développées par différents acteurs, y compris des jeunes entrepreneurs, pour remédier aux problèmes liés à la production, à l’approvisionnement en intrants, au financement, à la transformation, à la logistique et à la commercialisation. La principale question est de savoir si l’agriculture digitale suffira pour alimenter la croissance et assurer un engagement durable des jeunes dans l’agriculture.

On estime que les jeunes sont généralement intelligents, dynamiques, innovants et capables d’intégrer la technologie dans leurs activités. Ces caractéristiques sont complémentaires par rapport à ce que l’agriculture digitale peut offrir, ce qui permet aux jeunes de transformer l’agriculture en Afrique du bout des doigts. Dans l’ensemble des chaînes de valeur agricoles, l’agriculture digitale s’est avérée être un moyen opportun d’attirer les jeunes vers l’agriculture, mais cette évolution doit encore faire ses preuves. Il est nécessaire d’offrir aux jeunes impliqués dans l’agriculture digitale une inclusion financière substantielle, des aides à l’investissement provenant des secteurs privé et public, ainsi que des formations agricoles adaptées.

M. Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD), souligne le potentiel de l’agriculture digitale en déclarant que “les technologies agricoles modernes, comme l’agriculture digitale, l’agriculture de précision, l’hydroponie, la robotique et l’intelligence artificielle, gagnent du terrain dans le monde entier. L’agriculteur du futur ne sera probablement pas en salopette, mais jouera plutôt le rôle de facilitateur de l’agriculture – un agriculteur qui ne sera pas impliqué physiquement dans l’agriculture. Ces agriculteurs feront passer l’agriculture à un niveau supérieur, un niveau façonné par les innovations”.

Lors de la convention du réseau d’organisations de recherche CGIAR sur les big data organisée en octobre, j’ai interviewé le Dr Debisi Araba, directeur régional pour l’Afrique du Centre international d’agriculture tropicale (CIAT), au sujet de sa vision des jeunes dans l’agriculture. Selon lui, “une approche de prospérité doit prendre le pas sur l’approche de réduction de la pauvreté actuelle, afin d’encourager les jeunes à faire carrière dans le secteur agro-industriel. L’avenir de l’Afrique n’est pas d’intégrer davantage les jeunes dans les exploitations agricoles, mais plutôt au sommet de la pyramide de la chaîne de valeur, où l’agriculture digitale crée de nombreux points d’entrée pour les jeunes qui cherchent à s’engager dans l’agribusiness”.

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.