Opinion

Comment les réglementations sur les drones affectent-elles le développement agricole en Afrique ?

Abdelaziz Lawani

Des lacunes techniques dans l’utilisation et la réglementation des drones au Bénin

L’utilisation de systèmes aériens sans pilote (UAV), ou drones, suscite un intérêt croissant dans les pays en développement. Des données de terrain récentes ont démontré l’efficacité des UAV pour évaluer l’affectation des terres et les modifications du couvert végétal, estimer l’impact des catastrophes, garantir les droits de propriété et lutter contre le braconnage. Ces appareils présentent également un grand potentiel en termes d’amélioration de la productivité agricole.

Dans beaucoup de pays africains, les jeunes d’aujourd’hui sont plus éduqués que les générations précédentes. Ces jeunes sont en train de changer le paysage des technologies de l’information sur le continent en facilitant leur acceptation et leur pénétration. L’argent mobile, l’énergie solaire, l’e-commerce et le militantisme en ligne sont autant d’exemples de la façon dont les technologies changent la vie de millions de personnes sur le continent. Les drones sont aussi l’une de ces technologies qui pourraient devenir vitales dans bien des domaines. Néanmoins, ils sont encore perçus par beaucoup comme une technologie qui n’a pas fait ses preuves, et les politiques et régulations sont seulement développées maintenant du fait de son adoption rapide par le grand public.

Au Bénin, malgré la popularité croissante des UAV auprès des amateurs à des fins de loisirs et pour faire des photos et vidéos commerciales, il subsiste un manque d’opérateurs compétents capables non seulement d’utiliser la technologie sans danger, mais aussi de gérer et d’extraire des informations des mégadonnées générées par les drones. Il est également nécessaire de créer un cadre réglementaire pour stimuler le développement de services d’UAV innovants.

En partenariat avec le département d’économie agricole de l’Université du Kentucky, Global Partners, un prestataire de services d’UAV basé au Bénin, a initié divers projets visant à combler les lacunes techniques au Bénin dans le développement et l’utilisation d’UAV. Avec le soutien du CTA, Global Partners fournit également des services agricoles de précision aux petits exploitants béninois. À l’aide d’un système d’imagerie multispectrale monté sur UAV, Global Partners aide les agriculteurs à surveiller la santé de leurs cultures, à évaluer les besoins des plantes en nutriments et à en déduire des recommandations en matière d’engrais. Ces services peuvent aider les petits exploitants à accroître leur production agricole et à améliorer leurs moyens de subsistance.

À travers ses interventions, Global Partners a formé divers acteurs (membres de facultés, représentants d’ONG, gestionnaires de zones protégées, gardes forestiers, étudiants et amateurs) à l’utilisation d’UAV à des fins de préservation de la biodiversité dans les zones protégées et dans l’agriculture. La formation proposée par Global Partners cible trois compétences essentielles devant être acquises et/ou renforcées : la fabrication et l’entretien d’équipements d’UAV, l’élaboration de protocoles pour la collecte de données et la création de solutions open source pour la gestion et l’analyse de données.

Global Partners met en œuvre la plupart de ses programmes en collaboration avec des organismes publics et s’appuie sur eux pour obtenir l’autorisation nécessaire de l’Agence nationale de l’aviation civile du Bénin (ANAC). Comme il n’existe pas de cadre réglementaire spécifique aux UAV au Bénin, l’ANAC utilise les règles applicables aux petits aéronefs (RAB 11.1) pour réglementer l’usage d’UAV dans le pays. Ces règles imposent à tous les opérateurs d’UAV de se déclarer auprès de l’ANAC, d’informer le ministère de la Défense et d’obtenir une certification avant toute opération sur le territoire béninois. Rares sont les amateurs et opérateurs d’UAV ayant connaissance de ces règles, et plus rares encore sont ceux qui se déclarent auprès de l’ANAC. L’essor des UAV étant un phénomène relativement récent, les organismes gouvernementaux tels que l’ANAC ne sont pas préparés à encadrer efficacement leur usage. Pour ces organismes, les règles existantes ne reflètent pas les spécificités des UAV, alors qu’il est essentiel que l’usage non contrôlé d’UAV par des amateurs soit réglementé, en particulier aux abords des aéroports. Les initiatives de réglementation de l’ANAC nécessiteront la formation adéquate de son personnel en la matière et la consultation de tous les acteurs concernés, afin de s’assurer que les nouvelles règles n’entravent pas le développement des services d’UAV tout en protégeant la population. L’agriculture reste essentielle pour réduire la pauvreté et garantir la sécurité alimentaire. Si les investissements nécessaires sont consentis et qu’un cadre réglementaire est mis en place, les UAV peuvent rendre l’agriculture attrayante pour les jeunes et réduire le chômage parmi eux, tout en stimulant la croissance économique.

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Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.