Les exportations de condiments des Caraïbes explosent

Des sauces épicées aux pickles, les industries agroalimentaires régionales de condiments investissent dans la certification et la normalisation. L'objectif : pénétrer durablement les marchés internationaux de produits ethniques et gastronomiques, en plein développement.

Baron Foods Ltd exporte 50 % de sa production dans plus de 25 pays. © Baron Foods Ltd

La valeur du marché mondial des condiments devrait progresser pour atteindre 20,29 milliards d’euros d’ici 2020. Urbanisation, augmentation des revenus disponibles et intérêt croissant pour la cuisine du monde stimulent la demande de sauces exotiques en Amérique du Nord et en Europe. Sur ce marché en croissance, les ventes de sauces et condiments des pays de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) ne s’élèvent qu’à moins de 44 millions d’euros par an. L’opportunité de profiter du potentiel de croissance et d’exportation des marques et nouveaux produits de condiments caribéens est donc réelle.

Aux Caraïbes, les principales cultures d’épices et de condiments sont le piment fort, la noix de muscade, le macis, le piment, le gingembre et la cannelle. La majorité des exportations provient du Belize, de la Grenade, du Guyana, de la Jamaïque, de Sainte-Lucie, de Saint-Vincent-et-les Grenadines et de Trinité-et-Tobago. Dans les années 1970, la compagnie jamaïcaine Busha Browne a été la première entreprise agroalimentaire régionale à exporter le Jerk – un mélange d’épices originaire de la Jamaïque – aux États-Unis. Aujourd’hui, l’entreprise exporte vers l’Angleterre, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande. L’homologation du Jerk au système international des indications géographique par la Jamaïque, premier pays anglophone des Caraïbes à le faire, a donné un véritable coup de pouce aux exportateurs d’épices.

Winston Stona, le “Roi jamaïcain du condiment” et cofondateur de Busha Browne, a joué un rôle prépondérant dans le développement et l’organisation de l’industrie alimentaire de spécialités. “Le marché de l’alimentation ethnique marche très fort aux États-Unis et les compagnies sont tenues par la loi d’acheter au moins 10 à 15 % de produits issus d’entreprises appartenant à des minorités”, révèle-t-il. “Cela positionne les Caraïbes aux portes d’un fabuleux marché et, avec l’importante diaspora vivant à Atlanta, à Chicago, en Floride, en Géorgie, à New York et en Caroline du Sud, nous pouvons vendre ‘aux nôtres’. Nous pouvons aussi toucher une nouvelle clientèle grâce au tourisme, l’alimentation et la dégustation faisant partie intégrante du voyage.”

Winston Stona constate que l’une des faiblesses des fabricants caribéens de condiments est l’emballage. “Parce que l’étiquetage et les autres exigences de l’exportation sont coûteux, les nouveaux exportateurs doivent être patients et d’abord bien s’établir dans leur marché intérieur. Les industriels de l’agroalimentaire doivent aussi investir dans l’enregistrement de leurs marques avant d’aborder l’exportation, ainsi que dans le développement du marketing et des supports promotionnels, et assurer des visites régulières pour établir de solides relations dans les marchés d’exportation. Les nouveaux exportateurs peuvent aussi tester le marché en fournissant d’abord les entreprises de services alimentaires, ce qui réduit les coûts d’emballage”, indique-t-il. Une collaboration plus étroite entre les exportateurs régionaux de condiments permettrait aussi de résoudre, à ses yeux, certains de leurs problèmes actuels. “L’accès à un approvisionnement fiable et économique de bouteilles freine la production. En travaillant ensemble, les fabricants pourront faire des économies d’échelle.”

Baron Foods Ltd de Sainte-Lucie est une autre marque des Caraïbes qui a réussi à s’internationaliser. Elle exporte plus de 50 % de sa production dans plus de 25 pays d’Amérique du Nord, d’Asie de l’Est, d’Europe, des Caraïbes et de l’océan Indien. C’est aussi la première entreprise agroalimentaire régionale à percer le marché cubain. “La régularité de la qualité, de l’emballage et de la livraison, ainsi que le bouche-à-oreille, me permettent de surmonter mon principal problème qui est un budget limité pour le marketing et la publicité”, estime Ronald Ramjattan, directeur général de Baron Foods,

Baron Foods a satisfait aux principaux critères de certification et normes exigés pour l’exportation et opère dans le respect des normes internationales de sécurité alimentaire FSSC 22000:2010. Ses produits sont aussi conformes aux règles de la Food and Drug Administration américaine et aux normes européennes d’étiquetage. Baron Foods, qui dispose de trois laboratoires, investit beaucoup pour garantir une qualité et une saveur constantes. “Les exportateurs régionaux de condiments doivent produire une qualité constante et investir en permanence dans l’information sur les marchés pour satisfaire les demandes de leurs marchés d’exportation”, précise Ronald Ramjattan.

“L’exportation au sein de la CARICOM peut être difficile – car un certain protectionnisme persiste par le biais d’obstacles non tarifaires tels que l’exigence de documents commerciaux supplémentaires, de nouveaux droits et taxes, la lenteur des réactions gouvernementales et même la circulation des travailleurs – mais l’exportation est un parcours de survie permanent et les entreprises caribéennes doivent innover et créer des produits de niche pour cibler leurs marchés”, conclut Ronald Ramjattan.

Note : Busha Browne et Baron Foods ont contribué à promouvoir les échanges régionaux et le développement de l’agroalimentaire dans les Caraïbes en participant aux Forums sur l’agroalimentaire dans les Caraïbes organisés par le CTA et en s’engageant dans l’Association agroalimentaire des Caraïbes et l’Institut interaméricain de coopération pour l’agriculture.

Natalie Dookie

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.