Valorisation : Réduire le gaspillage grâce à des produits de niche à base de poisson

Kati Farms, une entreprise de transformation de poisson à Kampala (Ouganda), produit une série de produits de niche à valeur ajoutée, dont ses célèbres saucisses de poisson, à base de tilapia et de poisson-chat fournis par plus de 1 000 pisciculteurs. Depuis 2015, Kati Farms exporte aussi ses produits innovants à travers le continent.

Kati farms transforme le poisson d’élevage en une série de produits à valeur ajoutée, incluant les saucisses de poisson. © Kati Farms

Situé dans la banlieue de Kampala, Kati Farms a été créé en 2011 par Lovin Kobusingye avec sa propre mise de départ s’élevant à 700 euros. Mme Kobusingye voulait réduire les pertes de poisson et le gaspillage en Ouganda en transformant le poisson d’élevage en une série de produits à valeur ajoutée. Aujourd’hui, la valeur de l’entreprise est estimée à 350 000 euros. Le produit phare de Kati Farms est la saucisse de poisson. Parmi ses autres produits, on trouve de la poudre de poisson, des filets, des longes, de l’huile, des samossas, du poisson séché et du poisson salé séché au soleil, ainsi que de la farine de poisson pour animaux. “Tout le poisson est utilisé dans la production. Rien ne se perd, pas même les nageoires”, explique Mme Kobusingye.

Pour créer son entreprise, Mme Kobusingye a suivi en 2011 une formation technique sur la valorisation du poisson, dispensée par le ministère ougandais de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche. Après avoir présenté son business plan, elle a pu démarrer son activité au sein de l’Institut ougandais de recherche agricole pendant huit mois et tester ses idées de transformation du poisson avec leur équipement. Elle a aussi bénéficié d’une formation en gestion d’entreprise proposée par Oxfam.

Le premier lot de poissons transformés par Kati Farms a été fourni à crédit par des pisciculteurs avec qui Mme Kobusingye avait établi des premiers contacts. La production initiale était de 100 kg de saucisses par jour. L’entreprise utilise actuellement du tilapia et du poisson-chat provenant de plus de 1 000 pisciculteurs de tout l’Ouganda, qui fournissent 15 000 kg de poisson par mois à Kati Farms. Une fois transformés, Kati Farms vend 7 à 10 tonnes de produits à valeur ajoutée à base de poisson à environ 60 à 80 clients, dont des supermarchés et des restaurants des quatre coins du pays, et des vendeurs de rue.

En outre, en mars 2016, Kati Farms a ouvert son premier point de vente à Kampala, où les clients achètent des produits prétransformés ou s’installent au café pour déguster différents en-cas à base de poisson. Depuis 2015, les produits de Kati Farms sont également exportés au Burundi, en République démocratique du Congo (RDC), au Kenya, au Rwanda et en Tanzanie. Pour les clients vivant dans des régions comme la RDC et éviter que le transport ne gâche le poisson cru, Kati Farms propose du poisson salé séché au soleil, qui peut se conserver un an sans réfrigération. “Il faut continuer à innover pour rester dans la course et à faire de la recherche pour maintenir la qualité des produits”, affirme Mme Kobusingye.

Pour soutenir les pisciculteurs qui lui fournissent du poisson, Kati Farms organise aussi des formations sur les routines alimentaires, les rations alimentaires quotidiennes, la formulation des aliments pour une meilleure productivité et le stockage correct du poisson dans la glace pour assurer sa conservation jusqu’à la livraison. Kati Farms loue aussi à petit prix des équipements onéreux, que certains pisciculteurs ne peuvent pas se permettre d’acheter ou qu’ils utilisent seulement occasionnellement, comme des filets de pêche, des bouteilles d’oxygène et des réservoirs d’eau pour livrer des poissons vivants au centre de vente.

Actuellement, Kati Farms emploie 38 personnes, dont 28 femmes, mais 500 autres bénéficient indirectement d’un emploi, comme les livreurs et les vendeurs de rue qui vendent les produits à base de poisson. Pour élargir sa distribution, Kati Farms prévoit d’ouvrir davantage de points de vente en Afrique de l’Est, afin de vendre directement ses produits aux consommateurs. Une première filiale ouvrira ses portes en septembre 2017 à Nairobi, au Kenya. Comme la demande pour de tels produits ne cesse d’augmenter dans la région, Kati Farms envisage de collaborer avec 2 000 pisciculteurs.

Depuis la fondation de Kati Farms, Mme Kobusingye a appris que le meilleur moyen d’avoir une entreprise florissante en Afrique est de travailler avec les ressources disponibles localement. “J’ai exploité de manière innovante ce qui existait déjà afin de trouver des solutions pour les Ougandais, avec au départ des produits ougandais”, déclare-t-elle.

James Karuga

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