Jane Maigua & Charity Ndegwa : “Nous voulions servir de modèles en gestion d’entreprise”

Exotic EPZ développe des chaînes de valeur durables et inclusives pour le café et les noix en Afrique. Jane Maigua et Charity Ndegwa, deux des trois fondatrices de l’entreprise, expliquent la singularité de leur travail avec les petits agriculteurs et les femmes rurales.

Les fondatrices d’Exotic EPZ mettent leurs longues expériences dans le secteur agricole au service des producteurs africains afin de les mettre en contact avec les marchés de l’export à haute valeur. © Exotic EPZ

Fortes de 30 ans d’expérience dans les secteurs public et privé, trois Kényanes ont créé Exotic EPZ afin de soutenir les chaînes de valeur rentables et durables pour les agriculteurs africains – avec une attention particulière portée à l’égalité des sexes. En travaillant directement avec les producteurs, l’organisation met en contact les agriculteurs avec les transformateurs et les marchés d’exports à haute valeur.

Pourquoi avoir lancé Exotic EPZ ?

Nous avions toutes travaillé sur des projets axés sur l’autonomisation économique des femmes, le développement des petites exploitations rurales et l’entrepreneuriat. Charity Ndegwa et moi-même avons travaillé sur un même projet en 2014-2015, financé par l’Organisation internationale du travail (OIT), qui visait à mettre en relation des horticultrices séropositives avec des hôtels de luxe pour leur vendre leur production. C’était inspirant de voir les agricultrices améliorer leurs revenus, scolariser leurs enfants et acheter des biens grâce à cette initiative de l’OIT. Cependant, nous voulions créer quelque chose de plus durable et nous sentions que cela ne serait possible que dans le secteur privé. La majorité des projets d’ONG ont souvent peu de temps pour renforcer les capacités locales et produire des résultats tangibles. Nous voulions aussi servir de modèles en montrant aux femmes jeunes et plus âgées comment gérer efficacement une entreprise.

Vous avez travaillé pour l’OIT et vos partenaires ont occupé des postes influents dans des organisations de premier plan. Comment vos expériences respectives vous ont-elles aidées pour le développement et la réussite d’Exotic EPZ ?

Les réseaux que nous avons constitués dans nos vies professionnelles et notre capacité à en tirer parti nous ont beaucoup aidées. J’ai travaillé dans le secteur privé et collaboré avec des instances publiques, des experts financiers, des donateurs, des communautés et des petits agriculteurs. Ces acteurs ont constitué une ressource fantastique pour créer notre entreprise. Nous avons pu nouer des liens avec les autorités publiques, par exemple, pour obtenir des licences pour l’entreprise, ainsi qu’avec des experts financiers pour établir les mécanismes de financement, et nous avons pu convaincre les agriculteurs de nous fournir leur production grâce aux interactions que nous avions eues auparavant.

Les déchets, comme les coquilles de noix, sont brûlés chez Exotic EPZ pour alimenter les chaudières qui transforment les noix. Pourquoi les pratiques durables sont-elles un élément central de votre modèle commercial ?

La plus grande force de notre entreprise, c’est le fait de ne rien jeter. En adoptant des énergies renouvelables, nous réduisons les dépenses énergétiques et nous respectons la devise de l’entreprise, qui est de préserver l’environnement et de diminuer les émissions de carbone.

Nous sommes également en mesure de vendre tous les cerneaux refusés à des entreprises qui en extraient de l’huile, ce qui génère des revenus pour notre entreprise.

80 % de votre main-d’œuvre est féminine et vous prévoyez de renforcer les capacités de vos agricultrices. Pourquoi est-il important de privilégier l’inclusivité et de soutenir les femmes dans le domaine de l’agriculture ?

En réalité, cette part est maintenant d’environ 90 %. De nombreuses études montrent que près de 80 % des travailleurs du secteur de l’agriculture sont des femmes. La question est alors de savoir dans quelle mesure elles tirent profit de leurs activités. En menant des recherches pour identifier les cultures à privilégier, nous avons réalisé que les macadamiers étaient traditionnellement considérés comme des plantes de peu de valeur par rapport au café et au thé, mais que les femmes et les enfants vendaient les noix de macadamia sur les marchés. Aujourd’hui, les noix de macadamia sont devenues une culture de plus en plus lucrative, mais les hommes se sont appropriés les macadamiers. Nous avons donc commencé à explorer comment pousser les femmes à abandonner leurs tâches traditionnelles de récolte et de décorticage des noix de macadamia, par exemple, au profit d’activités plus rentables, comme la commercialisation et la transformation des noix.

Quelles sont les qualités qui ont permis à votre entreprise de remporter un prix AWIEF et comment envisagez-vous de capitaliser dessus pour développer Exotic EPZ ?

Notre modèle de création d’emplois, qui consiste à fournir aux hommes et aux femmes un moyen d’assurer leur propre subsistance et celle de leur famille, est la clé de notre succès. Les volumes significatifs de noix que nous avons reçus de nos fournisseurs depuis le lancement de l’entreprise – environ 700 000 kg – signifient que tous les acteurs de la chaîne de valeur, des agriculteurs eux-mêmes aux ouvriers des centres de collecte en passant par les travailleurs de notre EPZ, ont une source de revenus. C’est un autre aspect de notre réussite commerciale.

Nous investissons également dans des systèmes et des processus de haut niveau, comme la norme de certification des systèmes de sécurité sanitaire des aliments FSSC 22000, afin de garantir que notre entreprise réponde aux besoins du marché et respecte les bonnes pratiques internationales. Nous avons aussi élargi notre portefeuille de partenariats en vue d’initier de nouveaux projets, comme une activité d’extraction d’huile que nous devrions lancer l’année prochaine. Ces évolutions ont été cruciales pour nous aider à nous adapter à un marché dynamique en évolution rapide.

Bob Koigi

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.