“Il faut améliorer la résilience des agriculteurs aux catastrophes”

Directeur de la division des urgences et de la réhabilitation de la FAO, Dominique Burgeon explique comment aider les agriculteurs à anticiper et atténuer les impacts du changement climatique.

Publié en septembre 2018 conjointement par la FAO, le FIDA, le PAM, l’OMS et l’UNICEF, le rapport annuel sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition est sous-titré “Renforcer la résilience face aux changements climatiques pour la sécurité alimentaire et la nutrition”. Entretien avec l’un des coauteurs, Dominique Burgeon, de la FAO.

Quel est le principal constat du rapport ?

Nous confirmons le constat de l’an dernier : après une dizaine d’années d’amélioration, l’état de la sécurité alimentaire se dégrade ; 60 % des 2,5 milliards de petits agriculteurs du monde sont exposés régulièrement à différentes catastrophes, qu’elles soient liées à des conflits, à des catastrophes climatiques, à des ravageurs ou à des maladies animales. Après avoir pointé l’an dernier l’impact des conflits, toujours d’actualité, le rapport de cette année met en lumière l’impact des catastrophes climatiques.

Dans quelle mesure l’agriculture est-elle de plus en plus impactée ?

Le nombre de catastrophes naturelles liées au climat a plus que doublé entre 1990 et 2015. On compte désormais au moins 213 catastrophes climatiques d’ampleur par an :  cyclone, tsunami, sécheresse, etc. C’est malheureusement devenu une nouvelle normalité. Or, en moyenne, 25 % du coût de telles catastrophes sont absorbés par l’agriculture. Pour une sécheresse, cette part est encore plus élevée, jusqu’à 80 %. Nous devons réagir face à cette lame de fond. Cela passe notamment par la préservation des moyens de subsistance des petits agriculteurs, comme l’apport d’intrants agricoles ou la vaccination des animaux.

Comment la FAO agit-elle par rapport aux conséquences du changement climatique ?

Il s’agit globalement d’améliorer la résilience des agriculteurs pour qu’ils puissent se relever le plus vite possible après une catastrophe. Nous mettons en œuvre toute une série de mesures à différents niveaux. La première mesure concerne la prévision globale. Ainsi, nous savons déjà, grâce à l’Organisation météorologique mondiale, que le phénomène El Niño va de nouveau frapper. Nous attirons l’attention des pays sur l’émergence de ce risque pour les inciter à des actions de prévention sur les cultures, les modes de conservation de l’eau, les vaccinations les plus pertinentes pour les animaux, etc. Le deuxième niveau, c’est celui des pays, qui doivent disposer d’une réelle gouvernance pour ces risques avec des institutions et des politiques de développement sectoriel sensibles à la dimension des risques. Par exemple, si une région développe sa couverture forestière, il faudra aussi qu’elle prenne en considération les risques d’incendie. Enfin, le troisième niveau concerne bien sûr les communautés les plus pauvres.

Concrètement, comment touchez-vous ces communautés ?

Il existe une large gamme d’interventions possibles via les bonnes pratiques agricoles, que ce soit la nature de la fertilisation des champs de riz pour anticiper une sécheresse, la diversification des sources de revenus des ménages, l’élevage dans de nouvelles zones de pâturage, mais aussi, comme nous le faisons en Afrique, la promotion de variétés à cycle court pour limiter l’impact de la sécheresse et l’accès à des aliments pour les animaux dans les zones pastorales. Notre plateforme de résilience, la KORE (Plateforme de partage des connaissances sur la résilience), identifie ces bonnes pratiques sur le terrain, puis établit comment les mettre à disposition dans un contexte différent. Ensuite, nous documentons leur retour sur investissement. Par exemple, pour les variétés à cycle court, nous allons vérifier ce qui se passe quand un agriculteur qui en a fait le choix ne subit pas de catastrophes. Nous avons pu nous rendre compte que le rendement est souvent meilleur, ce qui conforte l’adoption de telles variétés.

Une fois que leur efficacité a été démontrée, comment diffuser les bonnes pratiques agricoles ?

La FAO travaille depuis plus de trente ans avec ses partenaires sur des dispositifs “champ-école paysan”. Nous formons leurs formateurs à cette technique, qui a démontré son efficacité. Un groupe de 25 agriculteurs vient une fois par semaine dans une école au champ. Celle-ci comporte deux parcelles : l’une conduite par les producteurs de manière traditionnelle, l’autre conduite avec la nouvelle technique à diffuser. Par exemple, actuellement, pour lutter contre la chenille légionnaire d’automne qui s’attaque notamment aux maïs en Afrique, nous avons plusieurs écoles de ce genre où les agriculteurs apprennent à identifier le ravageur et les bonnes pratiques d’éradication, mais sans produit chimique.

Yanne Boloh

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.