Ruralité : le changement climatique au cœur de défis locaux 

En Afrique, les conséquences du réchauffement climatique sont une réalité vécue au quotidien. Parmi le plus faible émetteur de gaz à effet de serre, le continent doit composer avec ce “fardeau injuste”.

Pour les agriculteurs africains, le réchauffement climatique est déjà une réalité à laquelle ils doivent s'adapter. © Neil Palmer

Il se passe rarement une journée sans que ne soient évoqués les changements climatiques. Et pour cause : les conséquences des mutations induites, notamment sur l'agriculture et le monde rural, sont considérables et diversifiées. En témoigne la série de reportages du réseau d'information IRIN (Integrated Regional Information Networks), avec l'aide de la fondation Open Society.   

Ces enquêtes réalisées dans quatre pays – Kenya, Nigeria, Sénégal et Zimbabwe – mettent en exergue des problèmes – ce “fardeau injuste” – tels que la désertification, la salinisation des sols ou le manque de soutien technique accordé aux petits agriculteurs. Autant de défis qui donnent lieu à des “initiatives et des solutions adoptées par les agriculteurs et les gouvernements”. Avec une nouveauté : “alors que le rapport entre les fonds alloués à l’atténuation et ceux destinés à l’adaptation était traditionnellement de 3:1 environ, ces dix dernières années ont été marquées par une hausse du financement de l’adaptation”, soulignent les auteurs.  

Pour l'ambassadeur de France au Tchad, Philippe Lacoste, qui préface l'ouvrage collectif Développement et environnement en Afrique, fruit du colloque international tenu à N'Djamena en février 2018, “les politiques de développement constituent des espaces de négociation où se confrontent des objectifs contradictoires, où se déploient des jeux d'acteurs, où se côtoient des référents divers”. Les sujets liés aux changements climatiques n'y échappent pas. Pour preuve, le cas du Grand Lac au Tchad, où l'aménagement de ses rives est convoité tant pour le développement agricole que pour la conservation écologique. De même, l'épuisement des sols, la destruction des biotopes, la disparition d'espèces végétales mettent à mal la survie de la ferme d'élevage de Samiondji au Bénin et attisent les confits avec les agropasteurs locaux.  

Les changements climatiques induisent souvent des phénomènes migratoires, mais pas nécessairement hors d’Afrique. L'Atlas intitulé L'Afrique rurale en mouvement, fruit du travail conjoint du Centre français de recherche agronomique pour le développement (CIRAD), de la FAO et du Centre sud-africain pour l'innovation dans la gouvernance (GovInn), indique, d'une part, que l'Afrique subsaharienne sera la seule région au monde en 2050 où la population rurale continuera de croître et, d'autre part, que 75 % des Africains migrent au sein même du continent. Ceci se traduira par des zones rurales plus denses et une “énorme pression sur le secteur agricole”. Richement doté en cartes et études de cas, l'atlas entend figurer parmi les nouveaux outils analytiques permettant de mieux comprendre les causes, “parfois interconnectées“, des migrations et ainsi contribuer à apporter des solutions.

Un fardeau injuste. Comment les petits paysans africains s’adaptent au changement climatique pour améliorer leur sécurité alimentaire 
Edited by
Par IRIN Association   
IRIN Association, 2017, 179 p
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Développement et environnement en Afrique
Sous la direction de G. Ferréol  
EME Éditions, 2018, 255 p.  
ISBN : 978-28-0663-627-0  
26,50 €   
www.eme-editions.be  

Rural Africa in motion: Dynamics and drivers of migration South of the Sahara
Par S. Mercandalli et B. Losch (éds.)  
FAO et CIRAD, 2017, 58 p.  
ISBN : 978-28-7614-730-0 
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À paraître en français en mars 2018  

Bénédicte Châtel

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.