Pêche durable : De nouveaux horizons pour l’aquaculture du Pacifique

Trois sociétés ont développé des pratiques de pêche durable respectueuses de l’environnement et contribuant à l’économie locale. Leur modèle d’entreprise a fait l’objet d’une reconnaissance internationale.

Aux Palaos, Indigo Seafood a formé des habitants de l’archipel à des méthodes durables d’élevage de produits de haute valeur ajoutée, comme les bénitiers géants. © Indigo Seafood

Trois entreprises de pêche de différents pays du Pacifique ont fait partie des huit lauréats présélectionnés pour la finale du concours international Fish 2.0, qui récompense les entreprises du secteur qui adoptent des approches innovantes et durables pour simplifier les chaînes d’approvisionnement, tout en augmentant les revenus des pêcheurs.

Aux Palaos, Indigo Seafood, qui emploie plus de 75 collaborateurs locaux et travaille avec 70 éleveurs de bénitiers géants, a formé des habitants de l’archipel à des méthodes durables pour élever des produits de haute valeur ajoutée. Pour accélérer les taux de croissance et réduire la pression sur les espèces sauvages capturées pour nourrir les poissons, Indigo Seafood a aussi développé des farines riches en protéines à partir de soja et autres céréales.

“Notre objectif est de développer une entreprise aquacole durable ayant un impact économique positif sur les citoyens des Palaos, mais nous mettons aussi tout en œuvre pour préserver et protéger notre sublime récif corallien”, affirme James Sanderson, cofondateur d’Indigo Seafood. “Même si nous restons une entreprise de petite taille, notre activité a des retombées positives sur la communauté depuis plusieurs années déjà. Grâce aux exportations de bénitiers géants, les éleveurs locaux et leur famille ont gagné des milliers de dollars.” Depuis 2011, l’entreprise collabore avec la Palau Aquaculture Cooperative Association (PACA) pour fournir à ses membres du naissain pour la culture des bénitiers géants qui sont exportés en Asie, en Europe et aux États-Unis. L’ouverture à ces marchés rentables permet aux éleveurs des Palaos de gagner 4 816 euros par an, d’après le président de la PACA, Bernice Ngikrelau.

Indigo Seafood a aussi déployé ses deux premiers AquapodsTM polyédriques, des cages qui sont immergées au large des côtes. Installées en eaux profondes, à au moins 1,6 km des côtes, elles protègent les poissons des oiseaux et des prédateurs marins, ainsi que du mauvais temps à la surface de l’océan. Indigo Seafood emploie des collaborateurs locaux pour suivre la santé et la croissance des mérous, ainsi que l’entretien des cages. Les poissons élevés en AquapodsTM sont destinés à être exportés vivants vers la Chine, Hong Kong et Tokyo, mais aussi à la consommation locale.

En novembre 2017, James Sanderson était finaliste du concours Fish 2.0 Innovation Forum, organisé à l’université Stanford.

Réussite régionale

De son côté, Didds Fishing Company, une entreprise sociale basée dans les îles Salomon, permet aux communautés insulaires de pêcher des espèces abyssales au large afin de diminuer la pression sur les pêcheries côtières, en évitant les filets ou autres méthodes non durables. “Pêcher à environ 6 km du récif permet aux poissons des récifs de se reproduire et de prospérer”, explique Toata Molea, propriétaire de Didds Fishing. L’entreprise fournit des bateaux, du carburant et de la glace aux familles de pêcheurs de la communauté de Makwanu. Didds Fishing paye directement le poisson sur le compte en banque des pêcheurs, auquel ils peuvent accéder dans une boutique du village. Avec ces revenus supplémentaires, plusieurs familles ont pu envoyer leurs enfants à l’école et acheter des denrées alimentaires et des vêtements.

Dernier lauréat du Pacifique au concours Fish 2.0 2017, Shepherd Islands Organic Seafood, une entreprise basée à Vanuatu, élève des concombres de mer et des oursins biologiques. “Cette compétition a conforté ma vision de l’entreprise et ma défense des pratiques de pêche durable”, s’enthousiasme Obed Matariki, le propriétaire de l’entreprise. Il a développé une base de clients lucrative parmi les sociétés pharmaceutiques et distributeurs de produits de la mer en Chine, auprès de qui il exporte ses concombres de mer et oursins. Il est ainsi parvenu à rediriger les pêcheurs artisanaux et chasseurs de tortues vers des activités plus durables.

Stephanie Lynch et Bernadette Carreon

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.