Parvenir à la bonne échelle pour le financement par récépissé d’entrepôt

Réaliser des économies d’échelle grâce au financement par récépissé d’entrepôt: un message dit et répété à la conférence Fin4Ag de Nairobi organisée par le CTA en juillet 2014

Pour être techniquement viable, l'entreposage se fonde sur les volumes et les organisations agricoles doivent par conséquent renforcer la capacité de regroupement et de commercialisation collective ©ISSOUF SANOGO/AFP/Getty Images

Un des principaux défis du financement par récépissé d'entrepôt est qu'il doit atteindre une certaine échelle avant que les avantages perçus par les agriculteurs et négociants justifient le coût élevé associé à l'entreposage et à la gestion des collatéraux.

Pour réduire les coûts et atteindre une masse critique, les banques doivent s'impliquer davantage avec les gestionnaires de collatéraux, jouer un rôle plus proactif dans l'évaluation des risques sur le terrain et accroître leurs investissements dans des outils de gestion des risques et des solutions comme le paiement mobile. Les agriculteurs doivent se regrouper pour dégager des économies d'échelle et les banques centrales doivent contrôler les taux d'intérêt élevés qui prévalent en Afrique et reconnaître les récépissés d'entrepôt afin que les régulateurs puissent développer un cadre légal afin de protéger les financiers.

Les services d'un gestionnaire de collatéraux peuvent coûter entre $1,000 et $10,000 par mois, remarque Richard Wangwe, directeur pour l'Afrique de l'Est de l'Africa Enterprise Challenge Fund. Un tel coût est souvent prohibitif - en particulier pour les agriculteurs qui stockent des céréales pour de longues périodes afin d'obtenir un prix plus élevé plus tard - et cela ralentit la croissance du secteur. “Un agriculteur qui garde ses céréales pendant trois mois alors que les coûts d'entreposage sont plus élevés que ce qu'il obtiendra à la vente ne renouvellera pas l'expérience la saison suivante", explique-t-il.

De plus, le financement par récépissé d'entrepôt n'est pas toujours utilisé de la manière la plus efficace qui soit. Contrairement à ce que l'on croit souvent, le système est plus approprié pour des céréales commercialisées sur un marché liquide et qui peuvent être vendues rapidement que pour des céréales pour lesquelles il n'y a pas toujours d'acheteur immédiat, explique Richard Wangwe. Il est plus facile de couvrir le coût d'un système d'entreposage si les produits entrent et sortent régulièrement que s'ils sont stockés sur une longue période dans l'attente d'une hausse des prix, affirme-t-il.

Le coût d'un gestionnaire de collatéraux peut être dissuasif pour les agriculteurs et réduire à néant les gains réalisés sur l'utilisation des services, reconnaît Abdou Matieyedou Konlambique, responsable du programme d'accès au marché à l'AGRA. "Nous devons innover et développer des outils de gestion des risques pour que cela fonctionne", explique-t-il.

En Tanzanie, la CRDB Bank a réussi à faire baisser les taux d'intérêt sur ces financements par récépissé d'entrepôt à 4% à peine, a expliqué Bohay Nicomed, responsable senior, agribusiness & syndications. Elle y est parvenue en les emballant dans des solutions de financement de la chaîne de valeur plus larges dans lesquelles elle utilise des lettres de crédit pour financer l'achat des intrants par les agriculteurs auprès de fournisseurs en Europe. Ces fournisseurs offrent six mois de crédit à des taux très bas, ce qui permet à la CRDB d'"importer" l'environnement européen de taux bas en Afrique, a-t-il poursuivi. L'arrivée de solutions de paiement électronique pour les agriculteurs a également contribué à réduire les frais bancaires.

Les agriculteurs ont aussi un rôle à jouer. Pour être techniquement viable, l'entreposage se fonde sur les volumes et les organisations agricoles doivent par conséquent renforcer la capacité de regroupement et de commercialisation collective, explique Gideon E Onumah, économiste agricole et spécialiste de la finance rurale à l'Université de Greenwich, Royaume-Uni.

Les gouvernements et les banques centrales ont la responsabilité de gérer la politique fiscale afin de réduire le coût du financement pour les institutions financières, affirme Samuel Ndonga. Il représente la Chase Bank du Kenya, qui a récemment lancé un projet pilote de financement par récépissé d'entrepôt. Ils doivent également restreindre leurs interventions - comme fixer artificiellement le prix de certaines céréales - qui rendent inefficace ce système de financement. La Chase Bank a déjà prêté environ $ 1 million dans le cadre de son projet pilote, finançant jusqu'à 65% de la valeur des produits stockés. Jusqu'à présent, tous les prêts octroyés ont été remboursés et la banque évaluera le projet en vue d'une possible extension.

Selon Gideon E Onumah, une relation plus étroite entre les banques et les gestionnaires de collatéraux pourrait également contribuer à réduire les risques - et donc les coûts - du financement par récépissé d'entrepôt. En dépit de son fort potentiel, l'industrie africaine de la gestion des collatéraux a plutôt tendance à se contracter explique- t-il. Les sociétés d'inspection sortent du secteur ou limitent leur activité à un comptage basique des stocks et à des contrôles qualité au lieu de fournir un service à 360° qui préserve activement les produits stockés contre les éléments, le vol et la fraude, déplore-t-il.

Une partie du problème tient au fait que les nouveaux arrivants ont des difficultés à obtenir des assurances professionnelles, et lorsqu'ils y parviennent, les coûts sont prohibitifs. Le manque de rigueur des banques lorsqu'il s'agit de contrôler si les gestionnaires de collatéraux font correctement leur travail est cependant un problème plus important. Alors que la plupart des banques appliquent la devise "Connaissez votre client", nous disons: "Ne vous contentez pas d'analyser l'emprunteur. Après avoir étudié votre client, voyez le dépositaire", explique Gideon E Onumah.

Enfin, il est indispensable de mettre au point des systèmes réglementaires qui permettent une supervision appropriée des gestionnaires de collatéraux. Toutefois, en attendant, les banques doivent elles-mêmes assumer une plus grande part de responsabilité pour cela, poursuit-il. "Le manque de législation spécifique sur les entrepôts ne devrait pas retarder le développement de ce système."

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.