Esthétique : la beauté naturelle à la manière des îles du Pacifique

Dans le Pacifique, des entrepreneurs développent, avec les communautés locales d’agriculteurs, des produits de beauté naturels pour les vendre sur les marchés régionaux et internationaux.

L’entreprise Island Rose Dream emploie 10 à 15 personnes pour produire de l’huile de noix de coco pour des huiles corporelles, des savons et des exfoliants. © Island Rose Dream

Depuis des siècles, les femmes du Pacifique utilisent des produits naturels pour hydrater leur peau, comme la noix de coco, traditionnellement employée comme aliment et produit de cuisson, mais qui sert aussi à fabriquer des huiles artisanales très appréciées pour leurs propriétés réparatrices. Les mêmes processus traditionnels servent désormais à créer – à partir de divers produits – des savons, des exfoliants, des huiles et des lotions de luxe pour les marchés internationaux. Du village à l’usine : les réussites commerciales se multiplient.

Le spa Essence of Fiji, créé en 1998 par Debra Sadranu, esthéticienne et pionnière du secteur de la beauté et du spa à Fidji, utilise des extraits marins et végétaux dans sa gamme d’hydrothérapies. Son défunt mari, né dans le village de Tamasau à Yasawa, lui a fait rencontrer des femmes rurales qui cherchaient des sources de revenus réguliers pour subvenir aux besoins de leurs familles. Debra Sadranu s’est associée avec l’Unité de développement des marchés (MDF) à Fidji, un organisme soutenu par le gouvernement australien qui finance des créations d’entreprises villageoises et des formations. L’entreprise a lancé en 2015 une gamme de soins de la peau de haute qualité à base de raisin de mer (nama), une algue des lagons bleus des îles Yasawa, à Fidji. Ce produit de la mer, qui contient des niveaux élevés de minéraux et d’antioxydants, sert à fabriquer toute une gamme de gels, de lotions, de crèmes et d’exfoliants. “Les extraits du produit ne sont pas transformés. Les villageois récoltent le nama organique et nous l’envoient”, explique Debra Sadranu. Le raisin de mer est transporté depuis les îles Yasawa par bateaux de pêche. Afin de garantir une gestion durable des algues, l’entreprise est en train d’aménager des fermes de nama.

À Samoa, une autre entreprise villageoise prospère fournit de l’huile de noix de coco biologique vierge à l’entreprise internationale de cosmétiques The Body Shop. En 2007, celle-ci a pris contact avec Women in Business Development Incorporated (WIBDI), une ONG œuvrant à améliorer les moyens d’existence des petits agriculteurs, pour s’approvisionner en huile de noix de coco à Samoa. WIBDI aide les agricultrices à générer des revenus sans quitter leurs terres et, en 2016, 200 familles samoanes fournissaient 32 tonnes d’huile de noix de coco extra-vierge à The Body Shop, utilisée dans plus de 30 produits de l’entreprise. “Nous ciblons les petits fermiers, mais nous avons aussi besoin de volumes conséquents, donc nous travaillons également avec des agriculteurs semi-commerciaux”, indique Alberta Vitale, directrice associée de WIBDI.

Les familles moins dépendantes de la diaspora

WIBDI exploite cinq sites de transformation. Les fermes sont certifiées biologiques et les noix de coco sont entièrement utilisées, puisque même les coquilles servent à fabriquer du charbon. Les familles ont développé des compétences allant de l’extraction de l’huile par pression à froid au développement de micro-entreprises à partir d’investissements minimaux. Les petits agriculteurs peuvent désormais payer les frais de scolarité de leurs enfants et contribuer au bien-être de leurs familles et de leurs communautés, au lieu de dépendre de l’argent envoyé par leurs parents travaillant à l’étranger. WIBDI s’occupe des formations et transactions financières avec The Body Shop, et rassemble les primes versées pour financer d’autres projets fondés sur l’huile de noix de coco. De plus, Earth Oil – une entreprise fournissant des ingrédients à l’industrie cosmétique d’entreprise à entreprise – offre un soutien logistique et teste les produits. Au final, le projet a créé de nouveaux marchés pour les agriculteurs, augmenté les revenus des exploitations et réduit la dépendance par rapport aux versements venant de l’étranger, qui représentent 25 % du PIB du pays.

Pour WIBDI, comme pour de nombreuses autres organisations et entreprises du secteur de la beauté naturelle, la formation est l’élément crucial. L’Organisation du secteur privé des îles du Pacifique (PIPSO) contribue au développement des capacités en travaillant avec des membres des organisations nationales du secteur privé disposant de réseaux de cultivateurs, de producteurs et d’entreprises. Elle aide ses membres à participer à des formations régionales et internationales, à des ateliers de formation commerciale, à des séminaires sur les TIC et à des forums d’affaires qui promeuvent le commerce et la compétitivité. Ces formations financières fondamentales portent sur la comptabilité, les prévisions de trésorerie et les objectifs commerciaux, ainsi que sur des sujets plus avancés de planification stratégique et de dépenses en capitaux. Bien que les produits de beauté soient un secteur relativement nouveau pour la PIPSO, l’organisation a aidé en 2016 quatre entrepreneurs du secteur à participer au Forum des chefs d’entreprises en Nouvelle-Calédonie.

La PIPSO a également subventionné Essence of Fiji pour former des femmes handicapées à fabriquer des savons et autres produits de beauté. Debra Sadranu emploie actuellement environ 130 personnes, dont des étudiants, à la fabrication des produits, à la formation, au fonctionnement des spas, à l’administration et à la gestion. “Nous employons surtout des femmes et mon équipe de direction est formée au sein de notre entreprise”, précise l’esthéticienne. L’entreprise parraine la formation d’environ 30 femmes de zones rurales, dont des handicapées.

Une certification biologique déterminante

Les produits Essence of Fiji sont fabriqués au siège social, à Nadi, qui héberge aussi une école de formation en esthétique et hydrothérapie pour les étudiants locaux et internationaux. Les produits à base de raisin de mer sont vendus au magasin de l’usine, avec les produits d’autres petites entreprises locales. Ils sont aussi proposés dans les hôtels et stations thermales de Fidji et dans la gamme de produits hors taxes de Fiji Airways. Pour stimuler la production et la qualité de la matière première, la MDF a aussi offert des formations aux fournisseurs locaux. Elle a également aidé Debra Sadranu à créer un meilleur site web et des vidéos pour toucher de nouveaux acheteurs. Enfin,  l’entreprise a récemment désigné des distributeurs pour ses produits à base de nama en Australie, en République tchèque et en Nouvelle-Zélande.

L’obtention de la certification biologique est déterminante pour conquérir de nouveaux marchés. L’organisme régional de commerce biologique et éthique (POETCom) joue un rôle de sensibilisation et travaille avec les agriculteurs biologiques, les organismes nationaux et les organisations des Nations unies comme la FAO pour améliorer les pratiques d’agriculture biologique. Debra Sadranu s'emploie actuellement à obtenir sa certification biologique et celle pour les produits sans expérimentation animale.

Island Rose Dream a été créée en mai 2014 par la femme d’affaires tongienne Rosie Akauola. L’entreprise emploie 10 à 15 villageois, essentiellement des femmes, pour produire de l’huile de noix de coco destinée aux huiles corporelles, savons et exfoliants. “Je voulais utiliser des ingrédients naturels de Tonga, comme de l’huile de noix de coco et des produits curatifs à base d’herbes et de végétaux bénéfiques pour la peau”, souligne Rosie Akauola. Les noix de coco, obtenues auprès de plusieurs fournisseurs réguliers, sont livrées au village de Lapaha, où sont fabriquées les huiles artisanales qui ont, d’après Rosie Akauola, “une plus grande valeur ajoutée”. L’huile est ensuite enrichie avec des plantes comme le gingembre rouge et l’ylang ylang, versée dans des contenants de 10 litres et transportée à l’entrepôt pour le conditionnement, l’étiquetage et l’expédition afin d’être vendue en Australie et à Tonga.

L’entreprise tongienne cible aussi le marché lucratif des mariages pour les touristes et les points de vente à l’étranger et conditionne à cet effet une gamme spéciale de produits miniatures accompagnés de cartes personnelles pour les invités des mariages. “Mon objectif étant de percer sur le marché australien, j’ai fait des recherches approfondies sur les exigences de qualité et nous espérons recevoir bientôt la certification Fairtrade Australia”, explique Rosie Akauola, qui souhaite aussi vendre ses produits en Nouvelle-Zélande, dans les Îles du Pacifique et aux États-Unis. “La participation à des expositions internationales et le réseautage avec les bonnes personnes devraient permettre de concrétiser cette ambition.”

Les traditions de Fidji s’exportent

En 2000, l’entreprise Pure Fiji a été créée pour lancer les produits naturels de Fidji sur les marchés internationaux. Montée par Gaetane Austin et sa fille Andree avec seulement quatre partenaires, Pure Fiji emploie désormais environ 180 personnes des communautés rurales. Ses produits de beauté sont fabriqués à base de noix, d’une herbe locale ngi, de passiflore, d’ananas, de citronnelle, de lavande, de papaye verte et de menthe. “Nos huiles de noix sont transformées dans les communautés rurales et envoyées par mer à Suva”, explique Andree Austin. “Les ingrédients végétaux proviennent de la cueillette sauvage, ce qui signifie que les feuilles et les herbes sont récoltées manuellement et distillées aussitôt sur place pour chaque lot de produit.”

Grâce à une stratégie de marque innovante qui inclut plusieurs noms de marque reconnus et une protection par le système de la propriété intellectuelle, ses produits sont vendus à Fidji mais aussi dans le monde entier dans des hôtels, des spas, des aéroports et des chaînes de magasins internationales. De plus, l’entreprise dispose de boutiques en ligne dans plusieurs pays. De nombreux produits Pure Fiji sont vendus dans des emballages de papier naturel coloré et des paniers tressés fabriqués localement, ce qui permet aux communautés d’acquérir de nouveaux revenus et compétences.
Wendy Levy

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.