Agroindustrie : La BAD lance une stratégie pour la transformation agricole

La Banque africaine de développement (BAD) a récemment inauguré sa nouvelle stratégie décennale pour la transformation agricole en Afrique.

Réunion annuelle de la BAD. Dans le cadre de l'initiative Nourrir l'Afrique de la BAD, la Stratégie pour la transformation agricole en Afrique visera quatre objectifs d'ici à 2025.

Une nouvelle initiative décennale de la BAD vise à faciliter les investissements du secteur privé dans l’agriculture et les secteurs connexes à travers le continent, grâce à la promotion et à l’élargissement d’un mécanisme de partage des risques, indique Chiji Ojukwu, directeur du département Agriculture et agroindustrie de la BAD.

La stratégie pour la transformation agricole en Afrique, qui s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Nourrir l’Afrique » de la BAD, visera à réaliser quatre objectifs d’ici à 2025. En plus de contribuer à sortir 130 millions d’Africains de l’extrême pauvreté, elle s’emploiera à faire de l’Afrique un exportateur net de produits alimentaires et à positionner les pays africains au top de chaînes de valeur agricoles clés en augmentant leur part de marché de produits agricoles transformés localement, explique M. Ojukwu.

Afin d’inciter les banques et autres fournisseurs de services financiers à libérer des flux de capitaux en faveur du secteur agricole, la stratégie se concentrera sur des initiatives qui réduisent les risques inhérents à l’octroi de prêts par les banques commerciales dans le secteur agricole, canalisent les liquidités excédentaires des banques commerciales vers le secteur, améliorent la compréhension, au niveau des banques, des prêts agricoles et du développement de produits, et renforcent la proximité des banques avec les régions rurales, par le biais de systèmes financiers efficaces.  

Selon les calculs de la BAD, un montant de 1,88 milliard d’euros pourra être mobilisé grâce à l’initiative, principalement à travers les allocations budgétaires nationales soutenues par les emprunts auprès de la banque, qui catalysent des investissements du secteur privé à hauteur de près de 19 milliards d’euros.   

 

Partage des risques

Le mécanisme de partage des risques prévoira des mesures incitatives et minimisera les risques associés aux investissements dans les chaînes de valeur financières et agricoles, de façon à encourager les fournisseurs de services financiers et les investisseurs du secteur privé à financer l’agriculture à plus grande échelle. Il suivra une approche similaire à celle du Système nigérian de partage des risques basé sur des mesures incitatives pour les prêts agricoles (NIRSAL), soutenu par le gouvernement, qui vise à mobiliser 2,8 milliards d’euros de nouveaux financements agricoles à partir d’un financement à hauteur de 470 millions d’euros. Le NIRSAL repose sur une « approche dynamique et globale » qui contribue à « rétablir » les chaînes de valeur et prévoit une  assistance technique et des mesures incitatives pour que les banques commerciales puissent prêter au secteur agricole en toute confiance, souligne M. Ojukwu. Des pays ont déjà commencé à mettre en œuvre des initiatives nationales de partage des risques, comme le Ghana, le Kenya, le Libéria, le Rwanda et l’Ouganda. 

L’Alliance pour une révolution verte en Afrique a aussi mis en évidence l’efficacité des  mécanismes de réduction des risques, et fourni 16 millions d’euros de fonds de garantie en vue de mobiliser 150,5 millions d’euros de la part des banques commerciales au Ghana, au Kenya, au Mozambique, en Tanzanie et en Ouganda, déclare M. Ojukwu. La BAD soutiendra les politiques visant à créer un environnement commercial propice à l’essor du  secteur privé, en appuyant les infrastructures (électricité, routes et irrigation), des activités d’exploitation et de transformation, et l’accès au marché, ajoute-t-il.  

 

Helen Castell

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.