Riz : Filière prometteuse cherche jeunes entrepreneurs

Une application mobile et des centres de services mécanisés aident les riziculteurs ouest-africains à augmenter leurs rendements et leurs revenus. Ces innovations créent des opportunités d’emplois pour les jeunes ruraux, dans une filière de premier plan.

En s’organisant collectivement, les riziculteurs ont pu avoir accès à des machines. © Ryan Vroegindewey/Syngenta Foundation

Aider les riziculteurs ouest-africains à organiser la campagne agricole, d’une part, leur donner accès aux machines nécessaires aux travaux pré et postrécoltes, d’autre part. Tels sont les objectifs de deux projets pilotes – l’appli RiceAdvice et les Centres d’exploitation de machines agricoles (CEMA) – qui ont été testés entre 2015 et 2017 en  Afrique de l’Ouest par AfricaRice et la Fondation Syngenta pour une agriculture durable. Le but : améliorer les rendements du riz local, renforcer sa compétitivité et augmenter les revenus des producteurs.  

“L’emploi des jeunes constitue un enjeu majeur pour la région et le développement du secteur agroalimentaire offre d’immenses opportunités d’emplois pour la jeunesse ouest-africaine, et ce dans un contexte d’augmentation très forte de la demande urbaine en produits alimentaires”, explique Vincent Fautrel, coordinateur senior du programme sur les chaînes de valeur au CTA.  

En Afrique, alors que la consommation en riz ne cesse d’augmenter sous l’effet de la démographie, de l’urbanisation et de nouvelles habitudes alimentaires, 22 des 43 pays africains producteurs importaient entre 10 % et 90 % de leur consommation nationale en 2016, pour un coût global estimé à 4,46 milliards d’euros, d’après le rapport annuel d’AfricaRice. La chaîne de valeur du riz recèle pourtant un considérable potentiel de création d’emplois, que les jeunes ruraux peinent à saisir, faute de formation, d’accompagnement et de débouchés concrets. Quant aux riziculteurs en activité, ils pâtissent d’un accès réduit aux semences améliorées, aux marchés, aux nouvelles technologies ou encore aux sources de financement.  

Un outil d’aide à la décision 

L’application mobile RiceAdvice, développée par AfricaRice et Co-Capacity, aide les agriculteurs à la prise de décision : quel rendement cibler, comment gérer les éléments nutritifs, comment établir un calendrier des cultures et quelles bonnes pratiques agricoles adopter. En effet, des visites de terrain des deux organisations au Mali, au Nigeria et au Sénégal, où a été testée l’application entre 2015 et 2017, ont pu rendre compte de mauvaises utilisations des engrais qui résultent souvent en des rendements en berne, des pollutions environnementales ou une dégradation des sols. “Les tests montrent que l’adoption des recommandations de l’outil RiceAdvice permet d’augmenter significativement les rendements et donc les revenus des agriculteurs”, affirme Youssou Diagne, coordinateur régional de la Fondation Syngenta, qui a copiloté les tests avec AfricaRice. En moyenne, les agriculteurs utilisant l’application ont rapporté des gains de rendement entre 0,6 et 1,8 tonne par hectare et des gains de revenus entre 81 € et 162 € par hectare. Entre 2015 et 2017, les agriculteurs des trois pays ont produit 9 323 tonnes supplémentaires, pour une valeur de 3,15 millions d'euros. Plus de 95 % des agriculteurs qui l’ont essayée affirment vouloir continuer à utiliser l’application. 

Pour les promoteurs du projet pilote, l’application peut faire émerger un nouveau marché : celui du conseil aux riziculteurs. La majorité des agriculteurs ne possèdent pas de smartphones et beaucoup sont illettrés. Autant d’opportunités que peuvent saisir les jeunes ruraux, très touchés par le sous-emploi, qui, une fois formés et équipés, pourront commercialiser leurs services de conseil auprès des producteurs et/ou des coopératives.  

Accès aux machines, un modèle original  

Les CEMA, testés au Mali et au Sénégal en 2015, fournissent une aide de nature différente. Les agriculteurs, qui créent collectivement une entreprise, trouvent dans ces centres des machines impossibles à financer individuellement et leur permettant de préparer le sol, d’effectuer les récoltes, de transformer le riz ou de stocker leur production : tracteurs, moissonneuses-batteuses, etc. Les machines appartiennent à une organisation de producteurs (OP), mais sont gérées par une entité privée autonome créée au sein de l’OP et responsable du fonctionnement, de la maintenance et de la gestion financière, conformément aux conditions générales convenues. Au cours des essais, la Fondation Syngenta a aidé les producteurs à obtenir un financement des banques en mettant en place un fonds de garantie, à établir un business plan et les a formés à l’utilisation des machines, leur entretien et leur gestion. 

Au Sénégal, les premières expériences ont permis de faire passer de 40 % à 88 % la proportion d’agriculteurs pratiquant deux campagnes par an, grâce à la disponibilité des services mécanisés qui permettent de récolter les parcelles rapidement et de préparer les sols pour une nouvelle campagne de riz ou de maraîchage. De même, les coûts liés à la récolte ont été réduits de 12 % à 16 % selon les saisons, par rapport à la récolte manuelle. “Un aspect fondamental est que la mise en place d’un CEMA permet d’instaurer un climat de confiance entre les producteurs et la banque. Les annuités de remboursement sont payées à l’échéance. C’est une priorité dans l’affectation des recettes générées par les prestations de services mécanisés”, indique Youssou Diagne.  

Renforcer les compétences entrepreneuriales des jeunes 

“Avec l’utilisation des TIC et des services mécanisés, les jeunes peuvent se lancer dans des activités innovantes liées à la production, la transformation et la commercialisation du riz, entre autres activités”, souligne Mandiaye Diagne, spécialiste des chaînes de valeur à AfricaRice. “Cela nécessite un travail de sensibilisation, une bonne formation, une mise à niveau et un accompagnement des groupes de jeunes ‘agripreneurs’ ou individuels en milieu rural.” 

C’est l’objectif  d’un nouveau projet (PEJERIZ – Promotion de l’entreprenariat des jeunes et de la création d’emplois dans la chaîne de valeur du riz en Afrique de l’Ouest) mis en œuvre par le CTA, AfricaRice et la Fondation Syngenta. Visant à renforcer les compétences entrepreneuriales des jeunes, créer des liens avec les marchés et promouvoir les activités à valeur ajoutée dans la filière riz au Mali et au Sénégal, la première phase du projet devrait débuter en mars 2018 et s’étaler sur deux ans.  

Vincent Defait

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.