Café : De la pépinière à la tasse

La filière café au Cameroun a du mal à décoller à l’export. Mais des acteurs, qui croient en son avenir, n’hésitent pas à intégrer la chaîne de valeur, jusqu’à la tasse du consommateur.

Le café de Foumban est torréfié à la Maison du Café à Yaoundé © COOPAGRO Foumban

Les exportations de café du Cameroun ne parviennent pas à décoller malgré toutes les politiques et projets mis en œuvre. De juin 2013 à mai 2014, elles ont même chuté à 17 340 tonnes contre  26 664 tonnes un an auparavant et 156 000 tonnes en 1990 ! Toutefois, une dynamique certaine anime la filière nationale avec des acteurs – petits et grands – qui croient encore à son avenir, envers et contre tout. 

Ainsi, tout en amont de la chaîne, dans les champs, la mécanisation commence timidement à faire son entrée. “Depuis 2012, nous soutenons la mécanisation car cela nous permet d’étendre facilement nos superficies et allège la main-d’œuvre. Un motoculteur nous a été offert par le ministère de l’Agriculture et nous permet de labourer 3 hectares en une journée alors que, manuellement, nous faisons un hectare en deux ou trois semaines. Ceci permet non seulement d’étendre les superficies mais aussi d’accroître les rendements”, explique Rebecca Kamgue, présidente de la Coopérative agropastorale des femmes rurales du Littoral, Ouest et Sud-ouest (Coopaferlos). “La mécanisation permet aussi de ne plus avoir à payer les “piapias”, une main-d’œuvre au coût très élevé. Manuellement, défricher un hectare coûte 40 000 francs CFA alors qu’avec 30 000 francs de carburant, vous pouvez défricher 2 hectares.”

Pour Patricia Ndam Njoya, à la tête d’une des plus grandes plantations privées du Cameroun, à Foumban, l’heure est aussi à la mécanisation. Ses deux motoculteurs, achetés récemment en France, non seulement réduisent le coût de la main-d’œuvre salariée mais permettent d’éviter à la famille le dur travail de désherbage. Un travail manuel qui – l’expérience le montre – donne du travail mais n’améliore guère, in fine, les conditions de vie. “Lorsqu’on travaille avec la houe et la machette, les cabanes qui existaient il y a trois générations sont toujours les mêmes. Notre effort personnel permet à peine de vivre pendant un an alors que, si on avait des machines, notre production serait plus importante. Les femmes, notamment, pourraient quitter la plantation et se retrouver à d’autres niveaux de la chaîne de valeur.”

Retrouver les femmes ailleurs dans la filière café, à des postes moins pénibles, mieux rémunérés, plus gratifiants, notamment pour les jeunes ? Et pourquoi pas barista (un sommelier du café) ? C’est un des paris de Patricia Ndam Njoya avec l’ouverture en mai dernier de “La Maison du Café”, en plein centre de Yaoundé. Un café à la mode où une barista, sa fille, a été formée par une professionnelle, dégustatrice certifiée – un “Q Coffee Grader” –, la Kenyane Mbula Kaluki Musau.

Une Maison du Café qui a pour slogan “De la pépinière à la tasse” car le café servi provient de la plantation de Foumban. Il est torréfié sur place, à la Maison du Café, et consommé notamment par les jeunes Camerounais qui commencent à apprécier le bon café.

Dosettes et Nescafé au goût local

Autre renforcement, en aval, de la chaîne de valeur du café au Cameroun, la décision annoncée en mai par Nestlé de ne plus importer de Côte d’Ivoire du Nescafé commercialisé ensuite au Cameroun et dans le reste de la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale (CEMAC). Dorénavant, ce sera du café vert camerounais qui sera expédié en Côte d’Ivoire pour être semi-transformé et reviendra ensuite au Cameroun, en exonération de droits de douane, pour être transformé en produit fini et commercialisé sur les marchés national et régional. Un café qui devrait ainsi mieux concurrencer le Nescafé entré frauduleusement du Nigeria qui, lui-même, importe en franchise de droits son Nescafé de Côte d’Ivoire, les deux pays étant membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Enfin, qui dit café dit aujourd’hui dosette. Et le Cameroun n’est pas en reste. La société locale Cafés Pierre André, implantée également au Gabon, s’est lancée sur ce segment en 2012. Les capsules vides sont importées d’Italie et remplies avec leurs propres cafés à leur usine de Yaoundé grâce à une machine mise au point par Pierre André lui-même. Seuls les meilleures qualités de café sont utilisées pour les dosettes et ce, avec succès...

Bénédicte Châtel

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des Etats du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE.