No 155 - Octobre-Novembre 2011

Agrocarburants

Lire la suite


Dossier

Nouvelles frontières, nouvelle ère


Aujourd’hui proches des agriculteurs qui les soutiennent, les médias ruraux se mobilisent avec énergie, mais souvent sans moyens, pour les aider à surmonter les défis auxquels ils sont confrontés. Les radios restent en première ligne mais les nouvelles technologies apportent de nouvelles perspectives.

Vecteurs de changement, passeurs d’innovations, les médias ruraux sont d’indispensables facteurs de développement pour les communautés rurales. Du plus ancien au plus récent, des plus rudimentaires aux plus perfectionnés, radios (publiques, privées, communautaires, associatives), télévision, presse écrite mais aussi vidéo, théâtre ou médias du Web, tous se saisissent de sujets au cœur des préoccupations des agriculteurs des ACP : l’adaptation au changement climatique, la sécurité alimentaire, la modernisation des exploitations. Au Bénin, la radio nationale a mis en place, en lien avec la Fédération des unions de producteurs du Bénin (FUPRO), un système de pré-alerte agrométéorologique pour permettre aux agriculteurs de mieux planifier leurs activités agricoles (dates de semis, récoltes, etc.) afin de faire face aux risques climatiques. Au Nigeria, des programmes de théâtre radiophonique donnent des conseils pour limiter les effets de ces dérèglements. Dans les îles du Pacifique, où ils ont un impact dramatique, la radio a aidé les communautés à revenir à une vie normale après le passage du tsunami à Tonga sur l’île de Nivatoputapu. Rapidement installée, elle a diffusé des programmes pour informer les habitants et leur permettre de rester mobilisés.

Les médias soutiennent aussi l’implication toujours plus grande des producteurs et de leurs organisations dans les politiques. Ainsi, au Mali, Radio Fanaka, animée par une équipe jeune et dynamique, a encouragé les paysans de la région de Fana lors de la crise du coton en leur offrant une plate-forme en langues locales pour faire entendre leurs voix. Au Congo, la radio communautaire Biso na Biso, animée par et pour les Pygmées du nord du Congo, diffuse leurs savoirs pour mieux protéger la forêt. Au Cameroun, La Voix du paysan, « Mensuel de l’entrepreneur agricole », est devenu le porte-voix des producteurs. Il a développé un site Internet qui permet un rôle de lobbying croissant. Dès 2007, le mensuel relayait ainsi une pétition pour la libération des manifestants contre la vie chère. En 2011 il renouvelle l’expérience avec succès. Internet permet à toute une partie du monde rural jusqu’alors isolée d’avoir accès à l’information internationale et voix au chapitre.

Un paysage médiatique bouleversé

Le développement des technologies de l’information a profondément modifié le panorama des médias dans les ACP. Alors qu’aujourd’hui moins de 30 % de la population a accès à l’électricité en Afrique, 11,5 % ont accès à Internet (d’après l’Union internationale des télécommunications, www.itu.int). Plus de 500 millions de téléphones mobiles sont utilisés sur le continent. Ces téléphones sont désormais polyvalents. Envoi de SMS, accès à Internet offrent des possibilités de communication infinies, dont les médias peuvent tirer profit. L’apparition des réseaux sociaux, qui permet une communication en temps réel, est aussi, en soi, une révolution. Les agriculteurs et éleveurs peuvent consulter les cours de leurs productions sur Internet en temps réel à partir de leur téléphone, acheter des semences, des outils, avoir des informations météorologiques, accéder à des services vétérinaires, etc.

Tournage d'une vidéo sur le riz dans la plaine rizicole de Bama (Burkina Faso)

Mais dans bien des régions, les médias classiques restent encore les seuls disponibles pour les communautés rurales. Les grands quotidiens diffusés à des centaines de milliers d’exemplaires (Kenya, Nigeria, Afrique du Sud), comme ceux d’Afrique de l’Ouest tirés à quelques dizaines de milliers au maximum, font peu de place aux questions rurales et ne sont pas distribués dans l’intérieur des pays. La presse écrite agricole spécifiquement destinée à ces régions survit. La demande est là, importante, mais les moyens sont absents. Bien que souvent de qualité, les rares organes qui subsistent vivotent, ont une faible diffusion, souvent locale, et ne peuvent rémunérer décemment leurs journalistes. C’est le cas par exemple d’AgriInfos au Sénégal. Ces difficultés sont accentuées par le faible intérêt des journalistes pour le monde rural et une méconnaissance générale des enjeux et évolutions d’un secteur en transition.

La presse rurale associative est quant à elle très dynamique. Organisations de producteurs, chambres d’agriculture, interprofessions ont toutes ou presque leur bulletin, à la diffusion plus ou moins régulière, mais toujours apprécié. Muni d’un ordinateur, d’une imprimante et d’un téléphone mobile, on peut aujourd’hui facilement produire des bulletins illustrés de qualité. Ceux-ci renforcent les liens avec les membres de l’organisation, et assurent avant tout sa communication et la défense des intérêts des membres : promotion auprès des bailleurs, lobbying vers les décideurs. Les femmes passent parfois aux commandes, avec, en Afrique du Sud, l’édition d’un journal par un syndicat paysan féminin : Sikhula Sonke.

Des agences de presse spécialisées existent également, à l’instar d’Agropresse Haïti qui produit des articles de presse, des reportages et émissions radio, de même que des reportages et documentaires vidéo sur des expériences réussies ou non, de nouvelles techniques.

Ailleurs aussi, la vidéo a apporté une nouvelle dimension aux médias ruraux. Devenue facile à mettre en œuvre et peu coûteuse, c’est un canal d’information utilisable jusque dans les zones les plus reculées, alors que la télévision ne s’intéresse que très rarement au monde rural. À Bama, dans l’ouest du Burkina Faso, Abdoulaye Ouédraogo, président de l’Union des coopératives rizicoles de la vallée du Kou, a produit de sa propre initiative une vidéo projetée lors d’une assemblée générale pour sensibiliser les producteurs à l’ensablement de la lame d’eau. Les paysans ont alors proposé des solutions pour y remédier. Le compte rendu de cette rencontre sera utilisé comme outil de plaidoyer auprès des autorités.

La radio reine

Créées depuis la libéralisation des ondes, la décentralisation et l’émergence de collectivités locales, les radios associatives, communautaires et commerciales ont poussé comme des champignons en Afrique cette dernière décennie. Connaissance du milieu, de la culture, de la langue des auditeurs, elles ont aussi plusieurs missions : donner aux communautés rurales un accès à l’information, faciliter la communication entre elles, valoriser leurs expériences et sensibiliser l’opinion et les gouvernements à leur cause. Elles remplacent souvent les radios rurales publiques qui se sont éteintes, faute d’appropriation, avec la fin des financements extérieurs.

Journaliste de Cotton Tree News (CTN) en reportage en Sierra Léone

Mais ces radios vivent avec peu de moyens, fournis souvent par les auditeurs eux-mêmes qui paient pour la diffusion de messages (décès, carnet rose, annonces commerciales, etc.), parfois par des ONG locales ou des bailleurs de fonds. La diversité des programmes permet d’atteindre un large auditoire. Lors d’un atelier réunissant à Bissau les radios communautaires des pays africains de langue officielle portugaise (PALOP), l’importance numérique des auditeurs a été reconnue comme essentielle pour la survie économique de ces radios. Pour ces pays, des spécificités demeurent ; c’est le cas de l’Angola, où les radios, créées par l’Église catholique, issues d’une solide tradition, demeurent très dynamiques. Dans la plupart des ACP, sinon, les animateurs, pour l’essentiel très peu formés et bénévoles, utilisent l’information qu’ils trouvent sur le Web et l’information internationale pour compléter les informations locales. Certains ont recours à des programmes spécifiques qu’ils peuvent télécharger (Radios rurales internationales, Farmradios, Panos audio, etc.) ou des podcasts de programmes. Mais tous n’ont pas accès à l’information. Une conférence panafricaine sur l’Accès à l’information a ainsi été organisée au Cap (Afrique du Sud) en septembre 2011. L’entretien et le renouvellement du matériel sont aussi source de difficultés, faute de moyens. Enfin, l’énergie est un gros problème : irrégulière ou inexistante, elle conditionne souvent les temps de diffusion. Les auditeurs font parfois preuve d’une grande inventivité. Créée en 2004, la radio communautaire Mabele RCM, à 200 km à l’ouest de Kisangani au nord-est de la République démocratique du Congo, diffuse des programmes pour les agriculteurs qui cotisent en huile de palme pour l’alimentation du générateur électrique faisant fonctionner la radio. Grâce à cette radio, les paysans initialement réticents aux travaux d’entretien des routes ou autres le font avec plus d’entrain. Chaque fois qu’ils réparent un pont, nettoient un ravin... la radio en parle, ce qui les motive et les incite à la faire vivre.

Les nouveaux usages, comme les tribunes téléphoniques, et les forums communautaires en direct pour la radio, ont aussi changé la donne, faisant de la radio un outil interactif qui donne la parole aux agriculteurs.

Les clubs d’écoute sont très prisés. Les membres du club d’écoute de Kalehe, à environ 70 km au nord de Bukavu (RDC), ont écouté ensemble une émission diffusée par Radio Maendeleo sur la production du miel et son importance économique et sanitaire. Dans cette région, le miel est consommé et utilisé pour soigner des maladies chez les enfants. Pour éviter d’aller jusqu’à Bukavu pour s’approvisionner, l’animateur de l’émission a été invité à expliquer la fabrication des ruches. Quatre femmes ont finalement lancé un projet pilote d’apiculture avec des ruches traditionnelles.

Mise en réseau

Confrontés à des sujets de plus en plus complexes, au-delà de l’agronomie et de l’agriculture (APE, politiques agricoles, etc.), les journalistes doivent être formés pour traiter du monde rural. Vecteurs cruciaux pour la vulgarisation, ils sont de plus en plus associés à la diffusion de messages aux producteurs. En témoignent les services Questions-réponses développés par les radios rurales. Mais les animateurs et les journalistes ne sont pas des techniciens agricoles. Trop souvent, faute de mieux, ils se contentent de diffuser ce qu’ils ont trouvé ou entendu, sans recul sur ces informations. Si les médias doivent remplacer en partie les vulgarisateurs, il leur faudrait être techniquement très performants, contrainte de poids qui nécessiterait des formations toujours plus pointues. Les initiatives de formation sont nombreuses : à Fidji, une vingtaine de jeunes femmes journalistes ont récemment reçu une formation sur la radio communautaire et le renforcement des capacités de lobbying des médias.

Lecteurs de La Voix du Paysan dans l'Extrême-Nord Cameroun

Les liens des journalistes avec la recherche méritent d’être renforcés. Des concours et prix divers essaient ainsi de stimuler l’intérêt pour ces sujets cruciaux pour l’avenir des ACP : prix du CGIAR-FARA du journalisme agricole en Afrique ; concours pour les médias ACP organisé par le CTA en vue de la conférence internationale de Nairobi sur la vulgarisation, Media Award de la semaine caribéenne de l’Agriculture 2011 (Dominique, octobre 2011), etc.

Autant d’initiatives utiles qui seront renforcées le jour où les médias ruraux pourront payer décemment leurs journalistes, ce qui est encore malheureusement loin d’être le cas. Mais le développement spectaculaire des radios communautaires dans les ACP est le signe d’une vitalité porteuse d’espoirs. Dossier rédigé avec la collaboration de Mamy Andriatiana (Médiascope, Madagascar), Thaddée Hyawe Hinyi (Syfia Grands Lacs, RDC), Inoussa Maïga (Jade Burkina Faso), Ernest Mukuli (Syfia Grands Lacs, RDC) et Fulgence Niyonagize (Syfia Grands Lacs, Rwanda).

Lire la suite

• Point de vue de Marie-Pauline Voufo

• Reportage au Bénin

Interview

Bernard Vallat

Vitale santé animale


Bernard Vallat est directeur général de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) depuis mai 2000. Diplômé de l’École nationale vétérinaire de Toulouse (France), il est également titulaire d'un diplôme en médecine vétérinaire tropicale et alimentation animale.

Créé en 1924, l’Office international des épizooties, devenu Organisation mondiale de la santé animale (OIE) en 2003, veille sur la santé animale. Une vigilance de tous les instants, au service du développement rural à l’échelle planétaire.

Mondialisation, changement climatique, dans un contexte en évolution, quelles sont les actions et priorités de l’OIE ?

L’Organisation mondiale de la santé animale veille à ce que les États aient une gouvernance adaptée aux nouveaux enjeux. Nous tentons de convaincre les pays de considérer la prévention des maladies animales et la lutte pour leur éradication comme prioritaires. Cela passe avant tout par des actions publiques – législation, détection et contrôle des maladies.

L’OIE a une mission normative : dans nos 178 pays membres, nous créons des normes dans le but d’améliorer la santé animale mondiale. Il s’agit principalement de prévention et de lutte contre les maladies. Par exemple, en cas d’épidémie, il faut que les États aient les moyens d’éliminer les animaux malades et de rembourser les éleveurs. Cela nécessite des moyens financiers et humains, des formations, etc. dont tous les pays ne disposent pas. Pour les pays en développement, il faut faire évoluer des législations souvent héritées du colonialisme, afin qu’elles soient conformes aux normes internationales. Des mécanismes de solidarité internationale ont été mis en place. Un fonds mondial pour la santé animale a été créé par l’OIE. L’intérêt de l’aide, pour les pays du Nord qui n’ont plus de maladies, est que l’on parvienne à éradiquer les maladies à l’échelle mondiale pour éviter toute réintroduction. Mais limiter les risques sanitaires aura aussi un impact positif sur le développement rural.

Nous avons une mission permanente de lobbying vis-à-vis des États et des bailleurs de fonds, dans le but d’obtenir une bonne gouvernance de la santé animale partout dans le monde.

Comment vous assurez-vous du respect, par les pays membres, des normes instituées ?

Nous avons mis en place un mécanisme d’évaluation de nos membres. Des centaines d’experts évaluent ainsi la situation des mécanismes de santé animale de 178 pays, au regard d’une série de 46 compétences critiques (existence d’un mécanisme coordonnateur de réponse en cas de crise sanitaire, formation appropriée pour les décideurs, etc.). Initiées en 2004, les évaluations ont à ce jour été réalisées dans plus de 100 pays. Certaines peuvent s’accompagner de diagnostics économiques qui chiffrent les investissements nécessaires à la mise en conformité et établissent des propositions budgétaires. Nous organisons un suivi de ces évaluations pour les pays demandeurs.

Chacun de nos pays membres a en outre nommé un point focal national sur sept thématiques, et chaque année nous organisons un séminaire de formation de 3 jours pour tous, pour chaque thématique au niveau régional.

Qu’en est-il de votre rôle de lobbying ?

Notre message vis-à-vis des États et des bailleurs de fonds s’appuie sur un argumentaire détaillé. La santé animale mondiale a de multiples impacts, au premier rang desquels je placerais la sécurité alimentaire. L’élevage et l’aquaculture sont la première source de protéines, de lait, d’œufs, qui sont indispensables à la croissance. La traction animale est encore très importante dans les pays ACP, la bonne santé des animaux est donc essentielle à la production végétale. La sécurité sanitaire des aliments entre en ligne de compte. Une bonne gouvernance de la santé animale peut avoir un impact décisif sur l’existence d’accidents alimentaires. Elle a aussi un impact sur la santé publique, 75 % des maladies émergentes étant des maladies d’origine animale. Elle a enfin un impact en termes de réduction de la pauvreté. Un milliard de personnes dans le monde ont besoin de l’animal pour survivre. Les paysans des pays ACP ont, pour la plupart, des chèvres, quelques volailles, un bœuf… Les liens entre la santé animale et la réduction de la pauvreté sont très forts car des animaux sans soins ne peuvent être source de revenus. Un bon état sanitaire des animaux permettrait également un accès à des marchés rémunérateurs. Aujourd’hui, seuls trois pays d’Afrique ont un accès aux marchés européens pour ce qui concerne les exportations de bœuf : le Botswana, la Namibie et le Swaziland.

Quels sont les défis futurs de l’OIE ?

Après l’éradication de la peste bovine, beaucoup de maladies redoutables demeurent. La rage est ainsi responsable de plus de 50 000 décès par an, en grande majorité des enfants. On pourrait éradiquer la rage, car nous disposons de très bons vaccins. Il suffirait de vacciner les chiens. Mais il existe un manque de volonté politique. La fièvre aphteuse est un autre exemple. S’attaquant aussi bien aux bovins qu’aux chèvres, moutons et aux porcs, elle entraîne une faible mortalité mais d’importantes baisses de production et empêche les pays touchés d’exporter leur bétail et ses produits. Soixante pays sont actuellement indemnes de cette maladie qui s’éradique par la vaccination. Une bonne gouvernance, accompagnée de moyens fournis grâce à la solidarité internationale pour acheter les vaccins, est indispensable.

L’année 2011, année mondiale vétérinaire, a permis, avec une forte mobilisation de nos pays membres, une émulation pour la reconnaissance de l’importance d’une bonne gouvernance mondiale de la santé animale. L’OIE travaillera à ce que cet intérêt ne s’émousse pas.

Lire la suite

SECTOR

Chameaux

La bosse du commerce


Fromage au lait de chamelle

Promouvoir et commercialiser les produits camelins, mettre en relation les groupes de producteurs et les transformateurs, améliorer les méthodes de conservation du lait et accroître la valeur ajoutée : voilà quelques-unes des initiatives qui contribuent à réguler la filière cameline dans les pays ACP.

Shukri Adan, 49 ans, a toujours élevé des chameaux, mais encore récemment les bénéfices restaient maigres. Aujourd’hui, un projet de commercialisation et de transformation développé à Garissa, au nord du Kenya, l’aide à tripler ses revenus mensuels portés à 750 €. Ont ainsi été mis en place un centre de recherche, une laiterie et un abattoir. Environ 40 000 éleveurs se sont regroupés en coopératives pour pourvoir cette laiterie en lait, et 20 000 approvisionnent l’abattoir. À mesure de l’aggravation des sécheresses sous l’effet du changement climatique, le rôle des chameaux pour fournir lait, viande et revenus suscite un intérêt grandissant.

Les échanges de produits camelins sont, pour beaucoup, informels et donc difficiles à quantifier. Mais ils se développent plus que jamais, sous la pression des marchés urbains dans les pays en développement, de la demande croissante du Moyen-Orient et, avec la tendance aux aliments sains, de l’apparition de nouveaux marchés dans les pays industrialisés. Parmi les produits destinés aux marchés septentrionaux – presque exclusivement tirés du dromadaire (Camelus dromedarius) – figurent le lait en poudre, le beurre, la viande maigre, le savon, les cosmétiques et le chocolat.

Des bénéfices sains

D’après la FAO, le marché mondial des produits camelins présente un potentiel de 10 milliards $ US (6,95 milliards €) par an, malgré d’importants défis. En règle générale, une chamelle produit 5 litres de lait par jour. Or la traite se fait à la main, et la transformation et la commercialisation posent problème aux éleveurs qui disposent de moyens de transport et de systèmes de vente au détail limités. Dans certains pays ACP, la filière est toutefois en cours de réorganisation et les experts soulignent un bon potentiel. La production mondiale de lait de chamelle s’élève à 1,3 million de tonnes – 500 fois moins que le lait de vache – mais la demande monte en flèche. Le lait de chamelle contient trois fois plus de vitamine C que le lait de vache ; il est riche en fer, en acides gras insaturés et en vitamine B. Les chercheurs étudient son rôle dans la réduction du diabète et des maladies cardiovasculaires. À condition d’améliorer le fourrage, l’eau, les pratiques d’élevage et les soins vétérinaires, il serait possible de faire passer les rendements quotidiens à 20 litres, toujours selon la FAO. Un chiffre prometteur puisque, dans les pays africains, le lait frais de chamelle rapporte habituellement au moins trois fois plus que le lait de vache.

Valeur ajoutée

Les actions menées se concentrent sur les produits laitiers. Elles encouragent les investissements industriels à petite et moyenne échelle ainsi que les unités mobiles de collecte et de transformation pour accroître la valeur des produits camelins et étendre leur durée de conservation. En Somalie, l’ONG britannique VETAID et l’association Vétérinaires sans frontières-Allemagne collaborent pour créer des points de collecte et de distribution du lait, améliorer les conditions d’hygiène et renforcer les compétences entrepreneuriales. À Nouakchott, en Mauritanie, la laiterie Tiviski a développé un processus de stérilisation pour accéder à un plus grand marché. Les recettes annuelles tirées des produits camelins atteignent aujourd’hui 1 million €, et 800 chameliers perçoivent un revenu régulier. Sur les conseils d’un expert-fromager français, Nancy Abeiderrahmane a lancé son entreprise dans la production d’un fromage à pâte molle, rapidement surnommé Camelbert. Au Kenya, la société Vital Milk exporte du lait de chamelle et des produits camelins vers l’Afrique du Sud et la Tanzanie. Et la demande de poils et de cuir de chameau s’accroît, le cuir pouvant rapporter 50 € l’unité.

La capacité du chameau à s’adapter à des conditions climatiques changeantes a entraîné une hausse des prix et ouvert de nouvelles perspectives. Selon une nouvelle étude, l’élevage de chameaux serait envisageable pour 35 millions d’Africains vivant sur des terres semi-arides. Certaines communautés, comme la tribu Samburu au nord du Kenya, s’affairent déjà à vendre leurs vaches et leurs chèvres pour les remplacer par des chamelles et lutter ainsi contre la sécheresse. De nombreux éleveurs se tournent donc vers une économie qui obéit davantage aux lois du marché, certains exerçant désormais comme négociants en bétail dans les petits centres d’activités commerciales le long de la route Garissa-Lamu-Mombasa. Les femmes se mettent aussi au commerce et vendent, par exemple, des gâteaux au lait de chamelle. À Garissa, les ventes de bétail génèrent 367 000 € par semaine. D’autres négociants vont sur les marchés éthiopiens, où les chameaux sont vendus au Moyen-Orient.

Lire la suite

PDFs


Hors-série

Hors-série