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Opinion

Is climate-smart agriculture a smoke screen or is it a real opportunity?

Patrice Burger

Agriculture climato-intelligente : fausses solutions et vraies arrières pensées ?

Longtemps occultée  par des découpages sectoriels questionnables, la contribution du secteur des terres aux émissions de gaz à effet de serre est de l’ordre de 25 %  des émissions totales. Toutefois ce secteur est aussi, et peut-être surtout, partie de la solution, via la capacité des sols de stocker autant, voire plus de carbone que l’atmosphère.  Pour y parvenir, la condition et l’urgence sont au changement de  paradigme de l’agriculture : couteuse en argent public, polluante, destructrice des écosystèmes et des habitats de la biodiversité, mais ruinant aussi une bonne partie des agriculteurs, l’agriculture  conventionnelle actuelle est déjà condamnée. Elle ne permet pas,  de surcroît, à un bon milliard d’humains de manger, et accule un autre milliard à souffrir de manière aléatoire de sous-développement. Les populations qui vivent dans les zones tropicales et celles déjà affectées par l’aridité et la sécheresse sont les plus affectées : au Sahel, les prévisions scientifiques sur le réchauffement envisagent des chutes spectaculaires jusqu’à 50 %  de production agricole primaire. Injustice ultime.  

Dans l’urgence, le concept de Climate Smart Agriculture, né dans les couloirs des conférences sur le changement climatique, semble attirer de manière magnétique. Pourtant, à y voir de plus près, le concept apparaît encore flou – est-il maintenu volontairement équivoque ? – et ressemble à ce stade plus à un mot d’ordre rassembleur ne voulant fâcher personne en ne prenant pas position sur des sujets clés. Par exemple, la rupture avec les aspects les plus néfastes de la Révolution verte,  comme l’utilisation massive d’intrants chimiques, n’est pas affirmée. Comme n’est pas explicite la nécessité du ciblage prioritaire sur les agricultures familiales, qui fournissent pourtant déjà plus de 70 % de la nourriture du monde. Plus grave, l’absence de préférence affichée pour le modèle agricole à privilégier sur un gradient allant de l’agriculture industrielle intensive à un modèle d’agriculture écologiquement intensive.

Pourquoi les agricultures écologiques – dont maintes études scientifiques affirment la valeur ajoutée en matière de création de revenu et d’emploi pour le plus grand nombre, de gestion durable des terres, de production qualitative et quantitative équivalente ou supérieure à l’agriculture conventionnelle et de capacité de stockage de carbone – ne sont-elles pas simplement privilégiées ? Mystère. La composition elle-même de l’Alliance Globale sur la Climate Smart Agriculture, réunissant pas moins de 22 pays pour l’essentiel marqués par leur soutien à la Révolution verte et la présence d’une majorité d’organisations ayant leurs intérêts dans le Business Model de l’agro-industrie et des biotechnologies,  ne rassure pas. Dans une nasse où les gros poissons côtoient le menu fretin, il est urgent que la société civile se mobilise pour faire respecter le droit à l’alimentation et le maintien d’écosystèmes vivants capables d’héberger la vie pour les générations futures. Si les considérations climatiques et de sécurité alimentaire sont importantes, la stabilité et la sécurité internationales sont elles-mêmes concernées lorsque l’on sait le potentiel ravageur  des émeutes  de la faim,  voire des migrations en cas de fortes dégradations des terres. Les patrimoines  nourriciers et l’alimentation ne sont pas seulement une marchandise. Nous devons d’abord les respecter.  

The Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation (CTA) is a joint international institution of the African, Caribbean and Pacific (ACP) Group of States and the European Union (EU). CTA operates under the framework of the Cotonou Agreement and is funded by the EU.